A la rencontre de Bonaventure le tisserand

M. N'DRI A. Bonaventure en train de tisser un pagne

Bonaventure N’DRI est tisserand de pagnes traditionnels à Toumodi (centre de la Côte d’Ivoire). Rencontré sur son lieu de travail, il nous parle, dans cet entretien, de son métier.

Bonjour M. N’DRI.

Bonjour Monsieur.

Vous faites de beaux pagnes. Depuis quand tissez-vous ?

Depuis tout petit.

Et quel âge avez-vous ?

Je suis né en 1988.

Concrètement, comment êtes-vous arrivé dans ce métier ?

Je fréquentais l’école à Toumodi auprès de ma maman. J’ai dû rejoindre mon père en classe de CE1 (cours élémentaire première année) au village. Pendant les week-ends, pendant les vacances, j’apprenais à tisser auprès de lui. L’école n’ayant pas été, je suis devenu tisserand. Et je ne me plains pas.

Mais pourquoi ce retour à Toumodi aujourd’hui ?

Vous savez, dans notre métier, on n’a besoin d’être vu et connu pour pouvoir faire de bonnes affaires. Je suis à Toumodi pour mieux vendre mon art car beaucoup de gens passent par ici.

Combien de temps mettez-vous pour confectionner un pagne ?

Ça dépend du type de pagne. Si c’est un pagne de femme, on met au plus deux (2) semaines pour la confection. Quand il s’agit d’un pagne d’homme, nous mettons au maximum un mois.

Tout ce temps mis pour réaliser un seul pagne ne vous rend-t-il pas improductif ?

On peut dire ça. Mais il faut souligner que, les motifs, c’est nous qui les créons. Et comme tout le travail est fait à la main, il faut être rigoureux et patient pour éviter de tout gâter. Mais ici, je travaille avec un frère et deux apprentis; quand le client est trop pressé, on se met tous ensemble pour travailler sur ce pagne et il peut même être livré avant le terme.

M. N'DRI A. Bonaventure présentant un des pagnes (de femme) tissés

Combien peut coûter un pagne ?

Les pagnes de femmes coûtent entre 50000 et 60000 FCFA, ceux des hommes s’achètent entre 80000 et 90000 FCFA.

Les prix ne sont-ils pas trop élevés ?

Je ne pense pas. D’abord le matériel utilisé est cher, il faut se le procurer jusqu’à Abidjan. Ensuite, la confection du pagne nécessite rigueur et patience.

Enfin c’est du vrai « pagne baoulé brillant », et les connaisseurs le savent. Nos pagnes n’ont rien avoir avec ceux que vous connaissez.

A quel moment utilise-t-on vos pagnes ?

On peut les porter à tout moment. Mais on les utilise généralement pendant les grandes cérémonies : les mariages, les cérémonies d’intronisation des chefs, les funérailles grandioses, les fête de réjouissances…

Connaissez-vous des difficultés dans votre métier ?

Oui.

Lesquelles ?

D’abord le matériel utilisé est cher et il faut aller jusqu’à Abidjan pour se le procurer : c’est coûteux et fatiguant.

Ensuite nous avons du mal à bien vendre nos pagnes. Nous passons généralement  de cour en cour pour les proposer. Souvent des gens passent des commandes. Mais dans les deux cas, les pagnes sont pris la plupart du temps à crédit et on a du mal à travailler régulièrement et normalement.

Enfin, pour tisser, nous nous asseyons beaucoup. Et nous sommes exposés aux maux comme les plaies de ventre, l’hémorroïde, le paludisme et surtout la fatigue générale.

Face à ces nombreuses difficultés, ne vous est-il pas un jour arrivé d’abandonner ce métier ?

Non. Il faut aimer le métier. Et puis, si on ne travaille pas, on ne mange pas.

Quelles sont aujourd’hui vos projets et vos attentes ?

Nous voulons un bon local où nous pourrons bien travailler. Car comme vous l’avez constaté, nous travaillons sous un apatam avec des feuilles de palmier comme toiture ; quand il pleut, nous ne pouvons pas tisser.

Nous voulons aussi avoir un petit magasin où nous exposerons et vendrons nos produits. Mais cela nécessite de l’argent. C’est pourquoi nous faisons appel à tous ceux qui peuvent nous assister de nous venir en aide, de nous encourager.

L'atelier de travail de M. N'DRI A. Bonaventure

Merci Monsieur N’DRI de nous avoir accordé de votre temps.

C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Evrard Aka

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