Abidjan: Plateau dokui, la nouvelle rue princesse ?

« Voilà environ 20 ans que je vis ici au Plateau Dokui, précisément à la cité Colombe. Avant on se sentait vraiment dans un quartier résidentiel mais depuis quelques temps, ce  n’est plus le cas », raconte Kouamé, un résident de la cité Colombe.

Situé à cheval entre le quartier le plus populaire de ville d’Abidjan, Abobo  et le quartier résidentiel de Cocody, le Plateau Dokui reste toujours au centre d’un conflit entre ces deux communes qui se réclament chacune d’en être le propriétaire.

Depuis la fin du conflit post-électoral, nous assistons  à l’ouverture de  maquis et autres établissements de joie (bars climatisés, buvettes, boîtes de nuit). Les habitants de ce quartier ont même  de sérieux problèmes pour trouver le sommeil car la musique jouée dans ces endroits  dépasse les 20 décibels.

Tous les soirs, les maquis  bordant  la voie  principale  reliant les quartiers Angré 22 eme arrondissement et Mahou grouille de monde. Au menu, cigarette, alcool, tout ceci soutenu de barbecue de viande ou de poisson.

Non loin de là, à environ deux mètres du  terminus du bus 90 précisément au rond point de l’allocodrome du Plateau Dokui,  l’alignement des maquis et bars donne l’impression de se retrouver à la rue  princesse.

Ici, la nouvelle trouvaille ce sont les « live ».Chaque maquis attire sa clientèle en  organisant tous les week-end, des soirées à thème avec plusieurs orchestres à l’affiche. Chacun  tire son plaisir en fonction de son genre musical. Du reggae dans un maquis pendant que le voisin d’à côté distille de la bonne musique zouglou.

« Comme nous avons l’habitude de le constater, le sexe et l’alcool vont de paire. Cependant il est encore difficile de dire qu’il existe un veritable réseau de prostituées comme  cela est  le cas à la rue princesse. Cependant, la thèse n’est pas à exclure », souligne un gérant de cabine situé juste au rond point de l’allocodrome.

« Mais pourquoi tant de maquis dans notre quartier depuis la fin de la crise », s’interroge une fonctionnaire retraitée. « Je comprends pourquoi depuis la crise le quartier est visité par des nombreux braquages », insinue-t- elle.

Effectivement, plusieurs domiciles ont été victimes de braquage. C’est pourquoi la plupart  des habitants du quartier Dokui ne se sentent plus en securité.

« Si les maquis et les boites de nuit doivent encore pousser comme des champignons ici, je crois qu’il serait mieux  de quitter le quartier  car  il ne faut pas oublier que les grands braqueurs ont pour habitude  les bars climatisés. Ils y viennent soit pour peaufiner leurs  dernières stratégies d’opération ou soit pour partager le butin », raconte un ancien gérant de boite de nuit.

« Ecoutez moi j’avais mon maquis à « Yop » (Yopougon, commune d’Abidjan) qui malheureusement  a été pillé pendant ces derniers événements. Venu me refugier ici au Dokui, j’ai décidé pour des questions de sécurité de ne plus retourner à Yopougon et de me réinstaller ici », explique un propriétaire de bar climatisé.

Les raisons de ce phénomène pourraient être  bien ailleurs, cependant il faut retenir que la rue princesse de Yopoupon, commune la plus réputée pour ses activités nocturnes et grandes nuits chaudes vient d’être détruite.

Ces operateurs économiques ont sans doute besoin de se trouver un autre endroit pour exercer leurs activités. Le quartier Dokui semble donc le nouvel eldorado, propice pour cette reconversion.

Jacques  Kouao