03/11/2011 / Donatien Kangah
Le doyen Allai Anvo et sa troupe de chansonniers à l'Abyssa 2011

On le sait, l’abissa n’est pas une danse carnavalesque, mais une fête de retrouvailles ou toutes les filles et fils n’zima kôtôkô de Côte d’Ivoire se retrouvent autour du Roi, Sa Majesté Désiré Tanoé et du tam-tam parleur pour faire le bilan de leur communauté.

Justement parlant de bilan, cette tâche est confiée à un groupe de chansonniers. Ils sont quinze. Des jeunes et des adultes choisis pour leur amour pour la communauté mais surtout ayant de très bonnes cordes vocales.

C’est à ce groupe que revient la tâche dans l’arène chaque après midi de dénoncer publiquement tous ceux qui ont commis des actions blâmables et regrettables. On leur offre la possibilité de se repentir en public et de se faire pardonner. Cette « petite chorale » est conduite par le doyen Allai Anvo, enseignant à la retraite bien connu à Grand-Bassam pour sa parfaite maitrise de la langue nzima mais aussi pour son attachement à la culture de ces ancêtres.

C’est sous sa conduite que cette équipe se prépare deux semaines avant la fête pour faire le point des thèmes à aborder dans les chansons. Le jeune Grandt David est heureux de travailler sous sa houlette pour sa rigueur.

« Avec lui, nous apprenons beaucoup, en sa qualité d’enseignant, il arrive par des techniques propres à lui de nous communiquer le savoir », nous confie-t-il.

La prestation de ce groupe est fortement suivie par les nombreux visiteurs qui pour certains se font expliquer les chants au fur et à mesure. Cette occasion de vérité où même le comportement du Roi peut être critiqué est très apprécié de tous surtout des « affairés » qui accourent dès que les premières sonorités sont attendues.

Cette année, les chansonniers arborent un uniforme pour démontrer leur organisation interne et leur maturité. En dehors des critiques sociales, les thèmes principaux de cette année sont la mort et la joie.

Le peuple nzima pleure le décès récent de la génitrice de sa Majesté le Roi des Nzima Kôtôk. Les jeunes se souviennent également de l’un des leurs appelé Kacou qui tenait le cahier de chants, lui aussi rappelé à Dieu. Ces morts expliquent le foulard noir que tous portent sur la tête.

Face à ces épreuves, ils sont heureux de la nomination de leur Roi au poste de vice-président de la commission dialogue vérité réconciliation mis en place par le gouvernement ivoirien. Avec les chansonniers, toutes les fautes des membres de la communauté sont mises à nu. On en parle, on en rigole et on se pardonne mutuellement pour affronter la nouvelle année avec plus de quiétude.

Alex YEDAGNE