Aboidjé Jean-Bosco, bachelier miraculé

Aboidjé Jean-Bosco, 19 ans, est aujourd'hui étudiant en droit.

Nous sommes en 2009. « Le mercredi 24 juin 2009 », précise

notre interlocuteur. Ce jour-là, il ne l’oubliera pas.

Aboidjé Kouassi Jean-Bosco, 19 ans aujourd’hui, est alors élève en classe de Terminale A au Lycée Classique d’Abidjan. Comme tous ses condisciples, il est en période d’examen. En effet, les épreuves écrites du Baccalauréat ont débuté depuis la veille.

Ce matin du 24 juin, il prend du retard au réveil. « J’ai beaucoup dormi en raison de la pluie de la veille… », explique-t-il.  Rapidement, il se rend à la gare des taxis conduisant à son centre d’examen – le Groupe Scolaire Thanon Namanko situé aux II Plateaux, à environ 2 km de son lieu de résidence de Cocody-centre. Là, il doit attendre que le véhicule fasse le plein. Ce qui en rajoute à son retard. Une situation qui ne s’arrangera pas puisqu’en chemin, leur voiture sera retenue dans un embouteillage.

« The black Wednesday »

Finalement, il parvient à son centre où les sujets ont déjà été distribués. Il est 8 heures passées de quelques minutes. Sans surprise, il se voit refuser – à l’instar de 6 autres camarades – l’accès à la salle de composition. « Ce n’est pas grave », se dit-il. Il s’agit des Mathématiques, une matière de laquelle il n’espère pas « grand chose ». « J’ai eu 2 au Bac Blanc », confie-t-il. Elevé au coefficient 2 dans un total de 20, la matière n’a pratiquement pas d’importance aux yeux des candidats au Bac littéraire. Il se retire donc pour les dernières révisions de l‘épreuve écrite de l’après-midi, le Français relevé d’un coefficient 3.

Il faut mettre toutes les chances de son côté. Surtout après le faux pas du matin. Il est dèjà en salle lorsque les surveillants arrivent. Le sujet lui paraît abordable. « En tout cas le résumé » qu’il choisit. Il se lance sur son brouillon. Voulant s’assurer du nombre exact de mots exigé, il emprunte la machine à calculer de sa voisine. Un acte qui lui coûtera cher ,le surveillant les ayant aperçus « communiquer ». La sentence tombe. Elle est sans appel.Les pleurs et autres supplications des candidats resteront lettre morte puisqu’ils quitteront tous les 2  la salle abandonnant leurs copies.

Ils n’en reviennent pas. Pour Bosco, « c’est une journée noire !»

Sur le chemin du retour, plusieurs idées lui trottent  dans la tête. La plus récurrente, « abandonner la compo». Il ne reste plus que les 2 dernières épreuves écrites : l’Anglais (2) et l’Allemand (2). Il n’y croit plus après un quasi 0 sur 5. Son père non plus. « C’est fini », lâchera-t-il avant d’essayer vainement de le rassurer. « Ce n’est pas grave !», avait-il ajouté.

Ses amis essaient, eux aussi, de lui redonner espoir, l’exhortant à ne pas abandonner. Il  finira par céder. Malgré lui à l’en croire : « Je n’y croyais plus ». C’est en pleurs d’ailleurs qu’il terminera les examens attirant les regards interrogateurs de ses examinateurs.

Le miracle

Mardi 28 juillet. « Il est environ 16 heures », se souvient-il. Les résultats sont – s’ils ne le sont déjà -  en train d’être proclamés. Sûr de son échec, il est resté à la maison. « Je décide d’appeler quand même un ami pour connaître les résultats des autres ». Ils sont reçus. « Et moi ? », interroge-t-il subitement sentant renaître un mince espoir étouffé par la certitude de l’échec.  Mais quelle n’est pas  sa surprise lorsqu’il apprend qu’il est admis! Il n’en revient pas.

Illico, il se rend à son centre d’examen pour en avoir le cœur net. Effectivement, il fait parti des admis. Heureux, il décide d’appeller son père qui semble déjà informé. Par qui ? « Des amis ». Les mêmes qui, semble-t-il, l’avaient prévenu des intentions d’abandon de son fils suite aux événements du « mercredi noir ».

Il avoue avoir été totalement été rassuré qu’après le retrait de son relevé de notes. 5 (X3) en Français et 2 (X2) en Mathématiques. Ce sont là les notes que lui ont affectées les correcteurs. Sur quel fondement ? On ne le saura peut-être jamais. Mais pour Bosco, « Dieu y est pour quelque chose ». Sa foi chrétienne en a d’ailleurs été boostée. « Toujours croire en Dieu », conseille-t-il.

Même s’il est fier et heureux d’avoir vécu cette expérience, l’idée de reprendre le Bac le tente parfois. Pour l’excellent élève qu’il a été en classe – avec 14 comme moyenne annuelle – il y a un peu de regret. Lui qui visait « une assez bonne mention en vue d’une bonne orientation ». Il a toutefois réussi à s’inscrire à la faculté de Droit de l’université de Cocody où il prépare activement ses examens de fin d’année.

Donatien Kangah

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