Accident à Adjamé: Témoignage d’un drame vécu en direct

(…)  j’ai  été témoin direct d’un accident de la circulation qui s’est produit sous mes yeux ce jeudi 5 novembre, sur l’axe Plateau-Riviéra, juste après avoir dépassé le monument aux morts et tourné sous l’échangeur d’Adjamé, à l’endroit où des menuisiers exposent leurs œuvres au bord de la route.

Par Charlie Dingui

Il était 12H55. Je venais juste de raccrocher mon téléphone portable (un autre mauvais comportement au volant) lorsque j’ai vu un homme décrire un arc de cercle en l’air, depuis le bord de la route jusque dans les herbes non loin de là où sont exposés les fauteuils et autres chaises des ébénistes. Le pauvre homme, qui a été percuté de plein fouet, par le véhicule que je suivais (une polo berline grise), est tombé la tête la première. J’ai juste eu le temps de freiner pour éviter de justesse une collision avec le véhicule, et de me rabattre sur le bas-côté de la route.

M’approchant, comme les badauds qui sont accourus autour du malheureux individu, j’ai pu constater que celui-ci saignait abondamment de la bouche, qu’il ne bougeait plus et qu’il respirait à peine. Le conducteur de la voiture qui l’a percuté, un homme dans la soixantaine, pris de panique, n’arrivait même plus à faire une phrase cohérente. Nous avons réussi, avec l’aide d’un autre automobiliste qui s’est spontanément arrêté pour se rendre utile, à joindre les pompiers au 180, qui nous ont promis de nous envoyer une équipe, non sans préciser que celle-ci ne pouvait pas nous rejoindre dans les minutes qui suivent, en raison des embouteillages caractéristiques de cette heure de pointe.

En attendant l’arrivée des pompiers, et vu que la victime était sous le soleil en train d’agoniser, après avoir trouvé un parapluie pour lui faire un peu d’ombre, je me suis mis à chercher de l’aide en criant aux véhicules qui ralentissaient pour satisfaire leur curiosité : « y a-t-il un médecin ? On a besoin d’un médecin pour nous aider ! ». Mais ne trouvant personne, nous avons décidé (nous tous qui étions accourus pour nous rendre utiles) de le retourner pour lui permettre de respirer plus facilement : le pauvre avait le visage embourbé dans les herbes. C’est alors que nous avons vu du sang jaillir précipitamment de sa bouche, ce qui nous a amenés à poser sa tête sur un sac, pour lui permettre de mieux respirer. Quelqu’un a alors eu l’idée de fouiller dans ses poches pour trouver le numéro de téléphone d’un membre de sa famille ou d’un de ses amis, et nous avons passé plusieurs coups de fils à des inconnus qui ont permis de se rendre immédiatement sur les lieux. Nous avons par la même occasion appris qu’il s’appelle Ousmane SANKARABA, qu’il a la trentaine et qu’il est un ressortissant malien.

Les pompiers sont arrivés sur les lieux à 13H45, soit environ une heure après le drame, en même temps que les agents de Police commis aux constats que l’automobiliste à l’origine de l’accident est allé chercher. Après donc les constats d’usage, les pompiers ont emmené la victime sur un brancard pour l’introduire dans leur véhicule de secourisme.

Ayant repris quelque peu ses esprits, le conducteur de la Polo m’a expliqué que c’est en voulant éviter un véhicule de type bâché qui lui a fait une « queue de poisson », qu’il a percuté le piéton qui se trouvait au bord de la route. « En plus de cinquante ans, je n’avais jamais vu cela auparavant », s’est-il exclamé sur un ton malheureux.

Un peu avant que le véhicule des pompiers ne démarre, j’ai entendu certaines personnes présentes affirmer : « il est mort, il est mort ! »

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