« L’adjuévan », un assaissonnement magique *

un plat de kedjénou de poulet assaisonné avec de l’adjovan

Selon le dictionnaire Robert, l’assaisonnement est un « ensemble d’ingrédients utilisés en cuisine pour relever le goût des aliments à l’exception du sucre ».

Ainsi le sel, le piment, le vinaigre, le citron, le poivre sont-ils tous  des assaisonnements.

De l’Europe en passant par l’Asie, l’Afrique et à travers tous  les autres continents du monde, presque tous les mets se cuisinent avec  des cubes d’assaisonnement. Très prisé dans la cuisson des aliments aujourd’hui, la composition et fabrication de cette potion culinaire diffère d’un peuple à l’autre.

En Côte d’Ivoire, l’assaisonnement plus connu qui  malgré la forte utilisation   d’assaisonnements venus d’ Occident ou d’Asie, résiste jusqu’à présent à l’épreuve du temps et de la concurrence, est « l’adjuévan ».

Facile à préparer, « l’adjuévan » provient de la décomposition naturelle d’un poisson qui après avoir été recouvert d’une grande quantité de sel est  exposé aux rayons du soleil pour être séché. En langue baoulé (une ethnie du centre du pays), « adjuévan » signifie « odeur de poisson ».

La plupart des mets africains sont très souvent assaisonnés par cet ingrédient magique qui de  par sa forte  odeur se distingue des autres assaisonnements. Même si sa fabrication est le résultat d’une déconfiture u poisson, « l’adjuévan » demeure pour l’instant l’un des assaisonnements le moins chimique utilisé pour la préparation des repas en Côte d’ Ivoire.

« Ma femme cuisine toujours avec l’adjuévan sinon je ne mange pas son repas», lance un vieux planteur  venu faire des achats au grand marché de Marcory (quartier résidentiel d’Abidjan)

Elles sont nombreuses ces fabricantes et vendeuses d’adjuévan, qui par le biais de ce commerce se font du sous.

« Cela fait vingt ans que je vends l’adjuévan en gros ici au marché de marcory », lance Seri Lou, une vendeuse en  présentant un énorme poisson capitaine près à être transformé.

«   Moi je suis une grossiste qui ravitaille les autres vendeuses des différents marchés de la ville  d’Abidjan », poursuit-elle pour montrer que ce « poisson pourri » est commercialisé sans problème  comme tous les autres produits.

L’adjuévan reste pour l’instant l’assaisonnement le plus connu et le plus utilisé dans les ménages ivoiriens.

Jacques Kouao

* Article publié pour la première fois le 31 mars 2011