S’il y a un corridor à Bouaké où les hommes en armes sont intraitables, c’est bien celui du nord de la ville. Une fois qu’un véhicule de transport en commun pointe du nez à cet endroit, tout le monde doit descendre et se présenter au poste de contrôle dans deux rangs. Les hommes d’un côté et les femmes de l’autre.
Le discours est le même :
« Descendez, tout le monde descend et au poste de contrôle ! »
Une fois au poste :
« Déposez les pièces par ici, avec 500 F ».
Seuls les enseignants et quelques fonctionnaires munis de leurs cartes professionnelles échappent à cette mesure.
Tandis que certains s’exécutent sans broncher, d’autres manifestent leur mécontentement par des grognes et murmures.
« Quelle histoire de paiement encore ? Et pourtant on dit que le pays est unifié ?! », lancent certains voyageurs quand d’autres, refusant présentent 200 F ou 300 F selon leurs poches.
Et aux soldats de répondre : « Voilà, ça c’est bien, on peut boire thé avec ! »
Mais les voyageurs mécontents de se séparer de leurs piécettes ne peuvent s’empêcher de le manifester!
« Ca va finir un jour… », murmurent-ils.
Les camions de marchandises ne sont pas en reste. A chaque passage à un corridor depuis le Nord jusqu’au Sud il faut payer quelque chose.
« Et ce n’est pas moins de 300 000 F que nous laissons sur la route. Ici à BOUAKE, c’est grave car non seulement nous payons de l’argent mais perdons aussi beaucoup de temps », témoigne M. KONE, convoyeur d’un camion transportant de l’anacarde.
Voici ce qu’il nous est donné de voir à chaque fois que nous traversons cette ville. Le corridor sud, c’est-à-dire à l’entrée de la ville en venant de Tiébissou est exempt de cette mesure depuis quelque temps.
S’il pouvait en être ainsi pour tous les corridors, cela donnerait un peu de répit aux voyageurs et transporteurs qui n’ont que trop pleurer !
Abraham Laboriel









