Pour le moment, la 1ère case de Bondoukou continue d’être le symbole vivant du passé historique de la principale ville du Zanzan. Avec sa petite taille, au milieu de grandes bâtisses, elle n’a rien perdu de son caractère traditionnel. Mais, pour combien de temps encore résistera-t-elle aux méfaits de la civilisation ?
La 1ère case de Bondoukou résume à elle seule l’histoire ancienne de la ville ; elle en constitue la tête. Située à Donzosso, un quartier peuplé majoritairement de Dioulas (de confession musulmane pour bon nombre d’entre eux), la case est la propriété des « Gbins », les premiers habitants.
Ce peuple, animiste par essence, et aujourd’hui minoritaire en raison de l’islamisation outrancière de la ville, est le dépositaire des vieilles traditions de Bondoukou. Il habite le centre-ville, dans le sous-quartier « gbin » de Donzosso. Le gbin, sa langue originelle, qui n’est parlée que par des initiés, est étouffée par le koulango (langue dominante), et les langues satellites (abron, nafanan, lobi,…) venues d’ailleurs. Les Gbins parlent aujourd’hui le koulango.
Tabri Adrê, le fondateur de Bondoukou
Le samedi 28 A oût 2010, Kouakou Yao Dabila – l’actuel chef gbin – dans un entretien en présence de sa notabilité, a relaté l’histoire de Bondoukou en partant de l’histoire de la case. Son propriétaire est Tabri Adrê, « qui n’a jamais dit à ses enfants d’où il est venu pour fonder Bondoukou ». Cette maison fait l’objet de culte. Les Gbins n’y entrent qu’une fois dans l’année pour y faire des sacrifices, à une date qu’ils gardent jalousement secrète. Ce sacrifice annuel a pour but de sauver la ville des malheurs de toutes sortes.
Bien que « Bondoukou » soit le vocable sous lequel on désigne la capitale du nord-est de la Côte d’Ivoire, le village fondé par Tabri Adrê ne portait pas ce nom à l’origine. A proprement parler, il n’a jamais donné de nom à sa case. Le nom « Goutougo » – pour désigner Bondoukou dans les langues du terroir –, est selon Kouakou Yao Dabila, une déformation phonétique de l’expression « gon tou go » (littéralement, « il y a quelque chose derrière ») que le fondateur a prononcé en réponse à ses fils qui lui ont demandé d’abandonner leur case pour aller s’installer ailleurs.
Les Gbins donnent raison à leur ancêtre Tabri Adrê pour avoir dit « gon tou go », car la petite case est devenue un campement, puis un village, ensuite une ville qui s’étend à perte de vue.
La 1ère maison de Bondoukou manque d’entretien. Pour le chef, toutes les promesses de protection du ministère de la culture et des autorités administratives de la ville sont restées lettres mortes. Comme conséquence, ce sont des caprins qui investissent chaque jour la case. Pour les empêcher et ainsi sauver l’histoire ancienne de Bondoukou, une clôture est obligatoire.
YAO Ossène, Bondoukou
Publié la première fois le : 26 septembre 2010 à 19 h 13














