25/11/2009 / Donatien Kangah
-®Millerand

Photo Camille Millerand – Texte Donatien Kangah (Avenue225

« Les mots me manquent… » ! Ah, la fameuse phrase ! J’ai toujours considéré les utilisateurs de cette expression comme des paresseux. Des personnes qui se cachaient derrière elle pour se refuser à toute réflexion jusqu’au juste mot…et pourtant, il ne m’a fallu que d’une rencontre. Un entretien d’environ  heures pour expérimenter cette sensation d’impuissance que vous ressentez en face d’une situation qu’aucun des mots que vous connaissez – du moins, ceux qui vous viennent à l’esprit – ne correspond pleinement. Cette expérience, je l’ai vécu lorsque je cherchais un titre à mon article. Un titre parlant qui pourrait à sa seule lecture tout dire sur mon personnage. Hélas j’ai dû me résigner au titre que vous savez car je crois qu’il le mérite ce pseudo.

Sportif par un concours de circonstances
1998. Alidou, jeune handicapé physique, est nouvellement inscrit en première année d’anglais à l’université de Cocody. La même année, la Côte d’Ivoire accueille les championnats africains des sports paralympiques. Un appel est lancé à l’endroit des handicapés ivoiriens désireux d’y participer. Alidou y répond sans trop savoir quel sport il désire pratiquer. Nous sommes à deux semaines de la compétition et le représentant ivoirien pour l’haltérophilie se blesse. Une aubaine pour notre futur champion qui se propose pour le remplacer. Le hic, c’est qu’il ne sait rien de l’haltérophilie. Absolument rien.

Un champion hors pair
La préparation se fait assez rudement car il doit assimiler beaucoup en peu de temps étant entendu qu’il compétait contre des athlètes déjà aguerris. Mais il reste confiant. Vient le moment des compétitions. Notre athlète s’en sort – tenez-vous bien ! – avec la médaille d’or ! Et depuis, il n’en finira pas de goûter au sommet. Il est ainsi depuis 1998, à la fois Champion de Côte d’Ivoire et d’Afrique d’haltérophilie. Actuel recordman de l’Afrique de l’Ouest. Médaillée d’or à Athènes 2004, il sera, du fait de difficiles préparations, septième (7ème) à Pékin en 2008. Il est aussi médaillé d’or de l’équipe ivoirienne de basket en fauteuil. Il a même aujourd’hui monté sa propre équipe. Mais de tous ces acquis, un seul l’a véritablement marqué. En 2006, il est classé 5ème mondial lors des mondiaux d’haltérophilie en Corée. « C’est comme-ci, un africain était classé 5ème mondial au tennis…Vous voyez ce que ça fait ! »

« J’ai du faire des choix. »
Pour maintenir cette vie de sportifs de haut niveau, il a dû faire des choix. « J’ai dû, parfois manquer des compo lorsque les dates des compétitions coïncidaient avec celles des examens…Les profs ne voulaient en aucune manière m’accorder de dérogations», explique-t-il. « Mais grâce à Dieu, je n’ai jamais repris d’année jusqu’à ma maîtrise. Je réussissais en général en seconde session ! ».
En année de maîtrise, « je ne venais plus au cours ». « Ce sont les cours d’un ami en qui j’avais confiance que je photocopiais. Nous révisions ensemble. J’allais rarement à quelques Travaux Dirigés ».
Finalement, il arrêtera les études, après la maîtrise pour mieux se consacrer à sa carrière.

« Un champion sans argent »
C’est en ces termes qu’il se définit. « Les primes sont insignifiantes…A Pékin, j’ai reçu à peine huit cent milles FCFA come prime, Même pas le million ! ». Cela l’obligé à travailler, parallèlement à ses activités sportives. Aujourd’hui, il a quitté le campus et vit dans un studio dans un quartier proche. Il y a gardé de bonnes relations. D’ailleurs, il s’y entraîne régulièrement et en cadre deux jeunes filles qu’il a amené à l’haltérophilie.

« L’handicap, c’est dans la tête… »
Sa force, c’est sa volonté de se faire accepter tel qu’il l’est. Pour lui, « l’handicap, c’est dans la tête». En effet, il considère son handicap physique comme un défi qu’il faut relever quelque soit les obstacles qu’on peut rencontrer ; car ce ne sont pas les obstacles qui manquent surtout sous les Tropiques où « la population n’est pas assez éduquer à l’acceptation des personnes handicapées ».

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