Lorsque vous vivez ce phénomène pour la première fois vous êtes très étonnés. Mais après cette étape rien ne vous surprend. Cette situation que nous avons vécue n’est pas du racket au sens propre car le mot revêt une certaine noblesse. Ce dont il s’agit s’apparente plus à une forme de mendicité de certains hommes en uniforme sur nos routes.
A bord d’un véhicule tout terrain nous ralentissons à un barrage de police au niveau de Treichville. L’agent au check point transpire à grosse goutte sous le soleil de plomb. Son AK 47 accroché dans son dos semble quelque part le gêner dans ses mouvements. Le coup de sifflet retentit et nous immobilisons le véhicule pour le contrôle. « Bonjour Monsieur, les papiers du véhicule ». Tout est correct mais l’agent se tourne vers les occupants du véhicule et demande les pièces d’identité. Chacun à la sienne et surtout: elles sont valables !
A notre grande surprise le policier nous lance cette phrase : « Les citoyens c’est vrai que vos pièces sont au complet mais votre frère est sur la route faites quelque chose ! C’est pour vous qu’on est ici, même si ça peut acheter de l’eau glacée c’est pas mauvais ». L’homme semble pratiquement nous implorer. Pour certains occupant et pour moi, nous sommes étonnés. Le policier ne prête même pas attention à nos regards accusateurs et dénonciateurs. Il attend qu’on réponde à sa requête. Faute de petites monnaies, nous lui tendons une pièce de 500 f.
Cette pratique est bien courante sur les routes ivoiriennes et nombreux sont ceux qui ont été déjà victimes. Mme Jeanne Boussombra se rappelle de ce jour où elle s’est retrouvée nez à nez avec un agent sur la route.
« Je pense qu’il devait avoir mon âge » affirme t’elle. « Il n’a pas contrôlé les papiers du véhicule que je lui ai remis. Il m’a juste dis : tantie faut donner quelque chose à ton fils ! Je lui ai dis que je n’avais pas d’argent. Il a tellement insisté que par esprit de bonne foi je lui ai tendu mon porte monnaie ouvert et là j’ai été surpris par son geste. Il m’a dis : tantie il y a 150 f dedans merci ! ».
« Que faut-il pour que le racket… s’arrête ! »
Les histoires de ce genre sont légions et les sommes remises à nos FDS dans certains cas s’apparente au geste au dessus de la calebasse. On en vient à se poser des questions : nos hommes en tenue sont-ils mal payés ? Pourquoi ce genre d’attitudes humiliantes sont-ils si fréquents sur nos routes ? Que faut-il pour que le racket et ces formes subtiles escroquerie du citoyen s’arrêtent ?
Pour Kra Kouakou tout est une question de civisme.
« Il y a eu trop d’appel de la part des autorités militaires pour que ce genre de chose s’arrête. On englouti des millions dans des spots télé, à la radio et dans les affichages mais à chaque fois qu’une campagne anti-racket est lancée, les hommes sur le terrain enfoncent le couteau dans la plaie ».
La seule solution semble donc être une meilleure formation civique à la base et surtout l’application effective de mesure punitive aux agents dénoncés pour des cas de racket. Sinon, on croirait que dans cette chaîne de mendicité, les supérieurs sont impliqués et reçoivent une rente. Heureusement, ce n’est pas la cas.
Suy Kahofi









