Cité Mermoz, la vie universitaire en décadence

Pour celui qui a connu la vie universitaire à la cité Mermoz d’Abidjan Cocody dans les années 90, c’est avec la nostalgie des temps révolus et surtout regret quand on y retourne aujourd’hui.

En y entrant, le visiteur est frappé par l’immense activité commerciale qui l’accueille. Restaurants, kiosques à café, boutiques de tout genre, salons de beauté, ateliers de couture, débits de boissons dont certains sont tenus par les étudiants, se disputent le petit espace entre la clôture de la cité et le macadam.

Il est 18 heures 30, un moment privilégié, car la gent estudiantine , potentielle clientèle de cet espace commercial rejoint peu à peu sa cité dortoir. L’aubaine est bien indiquée pour ces commerçants de faire de bonnes affaires. Alors, chacun y va de son bruit et de son étalage pour attirer le plus de clients.

Une tenancière de maquis  interrogée sur l’acquisition de l’espace qu’elle occupe, répond sous le couvert de l’anonymat  : « si tu trouves une place que tu voudrais exploiter, tu vas voir les gens de la FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire d Côte d’Ivoire), tu paies un droit et tu t’installes. Chaque fin de mois, tu paies la somme de 5000 francs. » A la question de savoir si tous ces commerçants paient le même droit et à qui l’on verse les 5000 francs cfa mensuels, elle rétorque : « Le prix de la place dépend de l’activité exercée. Pour les 5000 francs mensuels, nous les versons aux étudiants, puisque nous sommes dans leur domaine. » En un mot, il faut rendre à César ce qui est à César.

Mais quittons ce décor de bruits, de lumières et d’odeurs au parfum de billets de cfa. Entrons dans la cité. On y retrouve la même atmosphère qu’à l’entrée. A l’intérieur comme à l’extérieur, la résidence universitaire de Mermoz est un vaste business center. Tiens, il y a même un débit de boisson dans la cité, juste devant le bâtiment C.

Autre fait remarquable ; l’insalubrité caractérisée par des bâtiments aux murs sales et une cour mal entretenue. A tout ceci, il convient d’ajouter une densité de population trop forte. Il y du monde partout.  Sont-ils tous des étudiants ? Cela reste à vérifier. La conséquence naturelle d’un si grand nombre de personnes en un même lieu, c’est le bruit assourdissant qui y règne. Et quand à ce bruit naturel, des locataires ajoutent délibérément les bruits de coups de sifflets et de tam-tams qui résonnent presque toute la nuit, la coupe du désordre est pleine.

Après avoir fait le tour de cette résidence, si l’on vous dit que c’est là que viennent se reposer des étudiants après une journée d’activités intellectuelles bien remplie, vous n’y croirez sûrement pas. Les plus optimistes diraient que le monde intellectuel est tout simplement en faillite. Car ceux qui habitent cette cité-là, s’ils sont encore des étudiants, laissent à réfléchir sur ce qu’ils apprennent dans les amphithéâtres. Ils ne donnent pas l’impression d’avoir la tête aux activités intellectuelles. Ce sont des hommes et des femmes d’affaires.

Et dire que cette résidence universitaire reste encore une référence dans le milieu, il y a à désespérer et à croire que la vie universitaire est en décadence. Une résidence de ce genre est un symbole qui devrait porter les marques de la qualité de ceux qui l’occupent.

Jean MALAN