Colocation : Au fil des grandes amitiés et des « petits » énervements

Ces studios prévus pour 2 ou 3 personnes se retrouvent saturés

A Abidjan les loyers de maisons sont élévés et ça tout le monde le sait. Il suffit juste de jeter un regard sur les pancartes des agences immobilières pour se rendre compte que les prix changent chaque jour. Pour pallier cette difficile réalité, à défaut de trouver un logement sa bourse, on prend des raccourcis. Ici ce raccourci a pour nom colocation.
Aucun quartier n’échappe à ces regroupements de jeunes hommes et de jeunes filles unis par les liens sacrés des dures réalités abidjanaises.
«Je suis arrivé du village il a y environ dix mois et je n’avais pas assez d’argent. Je ne pouvais pas me prendre un studio avec le job de leveur de chariot que j’ai. Je me suis associé avec mon cousin pour trouver cette maison», se souvient Jacques Legbe. Ils sont nombreux les jeunes venus d’horizons divers qui par la force des choses se sont retrouvés sous le même toit. «On s’entend bien et nous avons établi des règles de vie qui facilitent notre cohabitation», souligne Charles, le cousin de Jacques. «Je fais un stage de comptabilité et nous réglons chacun la moitié des charges (eau, électricité, loyer). Pour la nourriture on fait la cuisine : il faut reconnaitre qu’on ‘‘s’intoxique’’ à tour de rôle « ironise-t-il.

Si Jacques et son cousin Charles Lobognon ont la chance d’être à deux dans leur studio bien équipé, il n’en est pas de même pour Binta et ses copines à Koumassi. Quatre filles se partagent un petit studio. «Vivre avec des amies n’est pas toujours facile», souligne Sabine sous le regard de Binta. «Chacune à son comportement ! Certaines filles refusent de faire le ménage, elles laissent leurs habits traîner partout… Et chez nous les filles c’est surtout les problèmes de médisance et de jalousie qui pourrissent l’atmosphère».

Les incontournables
Difficile d’avoir un peu d’intimité avec tout ce monde!
Un problème est pourtant récurent chez les personnes qui partagent la même maison : les retards dans le règlement des charges. Homme ou femme, ce problème est le mieux partagé. «C’est fréquent : certains n’ont vraiment pas d’argent mais d’autres sont de véritables pingres», se plaint Gérard Kouassi, caissier en colocation avec deux autres amis.
«Il arrive qu’on règle une ou deux fois au passage pour un ami en retard mais ce n’est pas une habitude».
Chez les hommes, c’est le problème des petites amies « en chambre » et les querelles autour des sujets comme le foot, la musique ou la politique qui entachent les relations. Alors comment choisir le bon colocataire ? «Tu ne peux savoir la personnalité de chacun à travers le visage mais pour le choix des personnes généralement les gens se réunissent par condition sociale», précise Jacques Legbe.
Tous les colocataires reconnaissent pourtant que vivre ensemble, permet de créer des liens forts qui restent toute la vie. Par exemple, en cas de maladie, les uns et les autres se soutiennent par des cotisations et souvent quand l’un perd un membre de sa famille, quelqu’un du groupe l’accompagne. Il y de bons moments : des naissances (pas trop souvent), des mariages (synonyme de départ) et surtout l’amélioration de sa condition sociale grâce à un ami qui vous décroche un boulot.
Suy Kahofi

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