15/12/2017 / Moahet-Sran

Jeudi 14 décembre 2017. Abidjan (Côte d’Ivoire). L’ENSEA – École nationale supérieure de statistiques et d’économie appliquée – a abrité l’atelier de restitution des résultats provisoires d’une étude sur les classes moyennes en Côte d’Ivoire.

L’étude, prenant en compte le revenu, révèle que les « gens du milieu » font 26,4% de la population ivoirienne. L’on note que 48,1 % des chefs de ménage de la classe moyenne en Côte d’Ivoire sont sans éducation (scolaire). Cette classe de la société ivoirienne est essentiellement urbaine (environ 60 %) ; seize pour cent (16 %) des « gens du milieu » se trouvent à Abidjan, la capitale économique.

De l’hétérogénéité de la classe moyenne ivoirienne

En tenant compte de leur niveau moyen de revenu, de leur degré d’informalité dans l’emploi et du poids en leur sein, l’étude dévoile cinq (5) groupes distincts appartenant à la classe moyenne. En tête, les travailleurs informels, avec 39 %. Les agriculteurs arrivent en deuxième position, avec 25 %. Les dirigeants et cadres du secteur public font 17 % des « gens du milieu ». Les retraités et inactifs arrivent en quatrième position, avec 15 %. Et la classe intermédiaire formelle privée ferme la boucle, avec 4 %.

L’étude montre également une structure duale, au-delà des cinq groupes. On retrouve une partie formée d’héritiers des groupes intermédiaires des années 1960-1970. Ce sont les salariés des secteurs formels privé et public. Ils sont en minorité (21 %), mais constituent la strate haute et stabilisée. Les indépendants informels urbains et les agriculteurs forment la strate basse, majoritaire, avec 79 %. Cette couche est formée de ménages en situation de petite prospérité et de grande vulnérabilité.

L’hétérogénéité de la classe moyenne limite sa capacité d’action collective. Elle est peu engagée politiquement. Et dans le discours politique, la notion de classe moyenne est peu présente. D’autres constats faits par l’étude.

Classe moyenne ivoirienne : le « débat » ouvert

Les classes moyennes constituent « un objet de recherche assez délicat » aux yeux de Prof. Akindès Francis – sociologue, enseignant à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké. Il aurait souhaité l’intégration ou la prise en compte de données sociales. « Je ne crois que l’entrée par le revenu puisse éclairer le politique », soutient le sociologue. Mais admet l’universitaire :

« Cette étude a le mérite d’ouvrir le débat. »

Dr Yéo Nahoua, directeur de Cabinet du ministère du Plan et du Développement, assure qu’avec des « données fiables » disponibles, il s’ensuivra des « politiques efficaces ».

L’étude a été réalisée par LAM Sciences Po Bordeaux, GREthA Université de Bordeaux et ENSEA Abidjan. Elle fait partie des travaux de recherche du Mémorandum de Dialogue Stratégique. Qui est un partenariat pour la recherche entre l’Agence française de développement (AFD) et le ministère du Plan et du Développement de Côte d’Ivoire.

Evrard Aka