Crise ivoirienne :Les paysans broient du noir

La crise poste électorale affecte durement la vente du cacao et du café

PASCAL, planteur à Tchakeupleu dans le département de Man a failli perdre son épouse qui devrait subir une césarienne au Centre Hospitalier Régional de Man.

« J’ai vendu mon cacao, cela fait 9 jour, le produit a été livré à mortier crédit je n’avais que 10 sacs, et j’ai reçu le 1/3 de la somme que je devrais percevoir ; Ma femme malade, l’argent en ma possession ne suffit pas pour faire face à la situation. Dieu merci c’est le président régional des planteurs de Man qui m’a apporté le soutien. Ce qui m’a permis de sauver mon épouse et mon bébé», témoigne le paysan.

Tout comme lui, ils sont nombreux ces paysans ivoiriens qui n’arrivent  pas à joindre les deux bouts depuis le scrutin controversé. Le cacao qui se négociait dans la région des montagnes entre 750 et 900 F CFA se négocie aujourd’hui entre 650 et 700 francs CFA bord champ. Les paysans les plus chanceux parviennent à écouler leurs produits à 750 francs CFA le kilogramme très souvent après avoir transporter le produit en ville auprès des magasins d’achat. Le prix officiel bord champ est pourtant fixé à 1100 Francs CFA le kilogramme.

Les spéculateurs profitent de cette situation pour imposer des prix dérisoires aux paysans. C’est le cas dans le Bas-Sassandra où le cacao se négocie entre 400 et 500 francs CFA.

« Quand ils viennent puisqu’ils savent que nous sommes en difficulté, ils proposent d’acheter notre cacao à 400 ou au plus 450 francs CFA le kilogramme. Et lorsqu’on négocie pour obtenir au moins 500 ou 600 Francs CFA, ils proposent de prendre le cacao à crédit. Ce qui ne nous arrange pas. On préfère alors vendre un deux ou trois sacs juste pour nous “dépanner“ en attendant la reprise des exportation », se désole Sawadogo Marcelle planteur à Bakobo dans la sous préfecture de San Pedro.

Cette situation crée des désagréments chez les vendeurs des produits phytosanitaires. Hervé Zida et Zopou Patrice sont des revendeurs de produits de traitement des plantations de cacao. Ils sont bloqués à Meagui.

« Du fait de cette crise, nous sommes obligés de vendre nos produits à crédits, nous battre pour obtenir notre transport pour rejoindre nos familles à Abidjan. Nous reviendrons encaisser notre argent une fois que la situation sera débloquée. Actuellement c’est très dur pour les paysans et nous », regrette Zida Hervé.

La fermeture de la banque centrale a aussi porté un coup dur à la souffrance de nos braves paysans qui sont en train d’être « asphyxier » économiquement.

« Il y a un véritable problème dans les banques. Nous sommes obligés de vendre le cacao en acceptant des avances de 30% ou 50% des acheteurs en attendant que la situation s’améliore », explique Ouedraogo Issaka, producteur de cacao à Man.

Depuis le déclanchement de la crise, les banques de la zone CNO (centre, nord et ouest) ne sont pas ravitaillées par la banque centrale.

Quant au café, il se négocie à 300 Frs CFA le kilogramme bord champ. Un prix qui n’est pas de nature à favoriser le bien-être des paysans. Certains parmi eux préfèrent détruire les champs de café et les remplacer par le cacao.

« Non seulement le travail du café est compliqué, mais il ne rapporte pas assez d’argent comme le cacao qui contrairement nourrit son homme », fait remarquer N’guessan Brou Planteur à Bléniméhouin dans le département de Bangolo.

Cette situation, si elle perdure, risque d’avoir un impact négatif sur la fréquence d’entretien du verger.

« Les plantations de cacao doivent être entretenue au moins trois fois par an. Mais s’il n’y pas d’argent, je doute fort que nous soyons en mesure d’assurer la pérennité de nos activités. Et la production annuelle risque de prendre un coup», regrette Doua Blondé Obed, Président de la fédération des producteurs de café cacao de l’ouest montagneux.

Pour faire face à cette misère programmée, les planteurs de l’ouest montagneux croient trouver la panacée.

« Le 15 octobre dernier plus de 3500 planteurs de la région se sont rassemblés à Man pour créer le fond local de soutien aux activités des producteurs de café cacao de l’ouest. Ce fond a pour objectif de mettre les planteurs à l’abri des difficultés de tout genre. Il va appuyer la qualité de la production de la région estimée à plus de 100 milles tonnes par an, faire certifier les productions de l’ouest, intervenir pour l’amélioration de la prise en charge sanitaire des planteurs, intervenir dans les infrastructures et dans l’adduction en eau potable », explique le président du Fond Blondé Obed.

Les planteurs ont décidé d’un prélèvement de 25 francs CFA sur chaque kilogramme de cacao vendu au prix bord champ. Le premier responsable de la filière à l’ouest s’est voulu rassurant quand au succès du fond.

« Contrairement aux autres fonds qui son imposés aux planteurs, le notre est une idée originelle des producteurs que nous sommes. Elle a certes démarré timidement, mais nous entendons nous donner tous les moyens pour assurer son succès.   Nous espérons pouvoir collecter au moins 1,2 milliard par an » a-t-il assuré.

Kindo Ousseny

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