Crise malienne : le volet humanitaire occulté par la CEDEAO

Sommet extraordinaire de la CEDEAO 19 janvier 2013 Abidjan

On retiendra du sommet extraordinaire de la CEDEAO d’Abidjan un appel solennel, celui de l’organisation sous régional en faveur d’une mobilisation plus large pour le Mali. Et ce samedi 19 janvier à Abidjan, la présence de 12 chefs d’Etat sur les 15 que compte la CEDEAO plus Idriss Débi qui représentait la CEMAC, était bien le symbole de la mobilisation pour faire exister la MISMA.

10ème rencontre de la CEDEAO en 10 mois sur la situation socio-politique et militaire au Mali et pour la toute première fois, l’organisation sous-régionale met à nu le véritable problème qui empêche un réel déploiement des militaires africains dans le nord Mali.

Le groupe de contact militaire de la CEDEAO n’a pas encore les moyens financiers et matériels pour prendre part à la guerre ! Il faudra donc attendre la conférence des donateurs d’Addis-Abeba ce 29 janvier en espérant que l’appel de Laurent Fabuis soit entendu.

En effet, le ministre français des affaires étrangères a plaidé pour une mobilisation des Nations Unies, de l’Union Européenne et des Grandes Puissances pour un soutien plus accru aux militaires de la CEDEAO qui arrivent timidement sur le théâtre des opérations.

La CEDEAO aura moins d’une semaine pour préparer un projet militaire chiffré et réaliste. Si le sommet extraordinaire de la CEDEAO sur le Mali a accouché d’une consolidation de la MISMA, rien n’a été dit sur le volet humanitaire d’un conflit qui a déjà occasionné 300.000 déplacés internes, quand 150.000 autres ont trouvé refuge dans des pays voisins. Ni l’idée d’un couloir humanitaire, ni la question de la protection des civiles, du respect des conventions de Genève et celles des droits de l’homme n’ont été explicitement évoqué.

Distribution de vivres aux réfugiers maliens (PLAN International)

Avant le sommet extraordinaire d’Abidjan William Michelet, Directeur de PLAN International au Mali avait lancé cet appel : « le Sommet de la CEDEAO devrait se concentrer sur la protection des enfants à travers le Sahel et s’assurer qu’il y a des ressources nécessaires pour le faire. Permettre aux enfants d’être dans un endroit sûr, les aider à faire face à leur nouvel environnement, et garder les familles ensemble que souvent les conflits séparent. Nous espérons que toutes les parties impliquées dans le conflit feront tout leur possible pour assurer la sécurité des enfants et des femmes ».

Contrairement aux opérations militaires pour mettre fin à la crise Ivoirienne, la CEDEAO n’a pas encore évoqué l’urgence de la protection des populations civiles. Or il y a une véritable nécessité de protéger ces populations prises entre deux feux. La priorité doit être donnée principalement aux femmes et aux enfants. En effet les bruits de viols en série et les recrutements d’enfants soldats tels que confirmé par le Système des Nations Unies inquiète les ONG actives sur le terrain depuis le début du conflit.

« Tout événement dramatique et  traumatique qui bouleverse la capacité d’un enfant à y faire face émotionnellement peut avoir un impact très grave sur son développement psychologique. Pour un enfant, se sentir menacé dans un endroit qui avait jusque-là été considéré comme sûr, soulève des sentiments de vulnérabilité et de désespoir. Lorsque les maisons, les écoles, sont endommagés, les enfants en concluent qu’ils sont en sécurité nulle part et que leurs parents ne peuvent pas les protéger », a déclaré Bérenger Berehoudougou, Responsable de la gestion des catastrophes au Plan International pour l’Afrique de l’Ouest.

Pour sa part, PLAN International exhorte les gouvernements à consacrer davantage de financement et de soutien à la protection des enfants au Mali et dans les pays où les réfugiés sont en quête d’abri. Les enfants déplacés en interne ou qui vivent dans des camps n’ont pas accès à leurs droits fondamentaux comme l’éducation, la santé et la protection, et ils sont souvent victimes de mauvais traitements ou de négligence.

SUY Kahofi