13/02/2011 / Donatien Kangah
Région habitée par les Sénoufo dans le Nord de la Côte d'Ivoire(vert foncé)

Dire de quelqu’un qu’il est un «Poro», c’est dire que celui-ci est « initié ». Ce, à travers une formation qui dure trois mois dans le bois sacré. Il est bon de souligner que l’initiation concerne autant les garçons que les femmes.

Pour bénéficier de l’initiation, il faut le vouloir et avoir au moins 21 ans pour les hommes et l’âge de la puberté pour les femmes. L’initiation se fait de façon cyclique chaque 7 ans. Les parents des mineurs offrent un poulet pour le sacrifice préliminaire et leurs noms sont déposés dans le bois sacré avant le tour.

La formation ne se fait pas au même endroit pour les deux genres car les femmes ne doivent pas voir les hommes. Exception faite à la femme qui a droit au siège de chef du village (selon sa lignée).

Pendant la formation, les proposés sont présentés aux esprits par les anciens à travers des incantations, des incisions et des sacrifices de poulets ou de cabris. Des poudres spéciales de protection  sont frottées sur les incisions faites sur les poignées et au dos.

Après quoi  suivent des enseignements sur l’organisation sociale, les us et coutumes du village et du grand groupe ethnique. Les pensionnaires ne sont vêtus que d’un cache sexe. Ils n’ont droit qu’à un seul bain par jour dans un marigot de la forêt sacrée avant de se coucher. Une fois par jour, on apporte la nourriture du village.

A la fin de la formation, une sorte de « devoir » est soumis aux futurs initiés afin de désigner le meilleur qui,de facto, sera le chef de la génération. Ce test est un questionnaire portant sur tout ce qui a été vu pendant le temps passé dans la forêt.

Aussi selon les tribus, des séances de lutte traditionnelle (entre hommes) permettent-elles de détecter les plus courageux et les plus forts. De toutes ces épreuves sort le chef qui doit être à la fois intelligent, sage, courageux et fort.

Sikorogotchien Jean (25 ans) du village Poulo (situé à 25 KM de Ferkessédougou dans le nord de la Côte d’Ivoire), témoigne :

J’ai été initié à l’âge de 21 ans et j’avoue que c’est une formation à la fois éprouvante et intéressante car elle nous permet d’apprendre beaucoup de choses sur nos traditions. Mais le hic dans tout cela, c’est qu’un des nôtres reste toujours dans la forêt. Et c’est à la vue de ses vêtements ramenés au village à la fin des trois mois que les parents se rendent compte que leur fils n’est plus “.

Les Sénoufo, peuple africain, vivent dans le nord de la Côte d’Ivoire (Région des Savanes). Cinq sous-groupes les composent : Palaga, Tchôlogo, Nafala, Gnanafolo et Tchévala. On les trouve aussi dans le sud du Mali et du Burkina Faso.

Ils sont généralement agriculteurs, et chasseurs de petits gibiers appelés, les traditionnels « dozo ». Il y a aussi quelques pêcheurs avec la présence du fleuve Bandama qui prend sa source dans la forêt Banfora.

Le système social est basé sur la société du Poro qui donne à chacun sa place dans la société selon l’âge et le sexe. Les initiations ont lieu à quelques encablures des villages dans le bois sacré où la connaissance des mythes est dispensée par les plus âgés.

Une fois initié, on a droit à certaines cérémonies, à diriger une génération ou à prendre la parole dans certaines assemblées. Sans occulter bien sûr le fait que l’initié est désormais « protégé » contre certains esprits.

Abraham Laboriel

* Publié le : 28 mai 2011 à 15 h 10 min