Du Ghana à la Côte d’Ivoire, un voyage « revêtu » de pagne

Appiah et "ses" pagnes venus d'Afrao, d'Accra et de Koumassi (Ghana)

Peter et son frère Appiah sont deux jeunes Ghanéens dont il est juste de saluer l’esprit de persévérance. Ils quittent leur Ghana natal pour la Côte d’Ivoire respectivement à l’âge de 15 et 17 ans avec une seule idée en tête: « faire fortune dans le pays de Nanan Boigny (surnom d’hommage de l’ancien président ivoirien) ».

Daloa est la première ville qui les accueille. Là ils s’adonnent à toutes sortes de travaux : peinture, maçonnerie, menuiserie… Grâce à leurs activités ils migrent de villes en villes et s’installent à Gagnoa, Divo, Bouaké, San-pédro puis Abidjan. Perter s’en souvient

« Au moment où nous sommes arrivés en ici, la Côte d’Ivoire était Côte d’Ivoire (pour dire que tout allais comme sur des roulettes). Même quand tu menais une petite activité, tu gagnais forcément de l’argent ».

A cette époque-là, malgré le fait qu’ils exercent de petits travaux ça et là ils s’en sortent bien. Mais les charges de la famille restée au pays sont importantes et l’âge de nos deux aventuriers augmente.

« La situation devenait de plus en plus difficile pour nous. L’argent que nous avons nous suffisait à peine et à chaque fois on nous appelle du pays pour régler des problèmes ».

Face à cette situation Peter, le plus âgé jette l’éponge et retourne au Ghana. Appiah quant à lui ne perd pas espoir. Il reste en Côte d’Ivoire et décide de se lancer dans une autre affaire. Les pagnes traditionnels Ghanéens (appelés aussi Kita, Adingra, Ashanti Kinté). Des tenus prisés par les Ivoiriens pour leurs importances dans les cérémonies. Appiah rappelle son frère Peter. Ce dernier revient en Côte d’Ivoire les bras chargés de pagnes et de chaussures traditionnels. Peter est heureux de retrouver cette terre qu’il a laissé.

« Ce n’est pas uniquement pour les pagnes que je suis revenu. la Côte d’Ivoire me manquait terriblement et je me sentais lâche d’avoir laissé mon petit frère tout seul ici ».

Chaussures Traditionnelles appellées Abodjé

Aujourd’hui, les affaires vont bien pour les deux frères puisqu’ils se sont installés à leur propre compte au carrefour Saint-André de Yopougon (commune populaire). « Les Ghanéens ont la culture du pagne mais les Ivoiriens l’achètent plus » précise Peter.

Dots, Mariages, funérailles et baptêmes sont les raisons principales de l’achat d’un pagne traditionnel. Les prix de vente oscillent selon la qualité et les dimensions du pagne. Le prix du Kita (pagne de la classe moyenne dans la tradition) varie entre 12.000 et 80.000 f CFA. L’Adingra qui fait office de pagne du peuple s’achète entre 5.000 et 8.000 f. L’Ashanti Kinté ou pagne des nobles se négocie entre 150.000 et 500.000 f CFA, généralement sur commande. Certaines qualités de ce dernier pagne porté par l’Ashanti Gniny (le Roi Suprême des Ashantis, ethnie du Ghana) plafonnent à 650.000 f.

La question de savoir si les affaires marchent, arrache un rire à Peter:

« On ne peut pas dire du mal des Ivoiriens. Ils achètent bien nos pagnes ».

Suy Kahofi

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