Enquête express : Crise post électorale à Man, Transport et petits commerces virent au rouge

Difficile de sortir et d'entrer à Man

La crise poste électorale qui secoue la côte d’Ivoire depuis début décembre influence négativement sur les secteurs du transport et du petit commerce. Dans la région des montagnes, les acteurs des deux secteurs d’activité interdépendants peinent à joindre les deux bouts.

Pour les usagers de la route, c’est plutôt aller à l’enfer que de s’aventurier pour un voyage sur Abidjan. Selon certaines personnes ayant déjà effectué le voyage sur cette voie, « Il y a près de 70 barrages entre Man et Abidjan. Et à chaque corridor il faut payer une certaine somme avant de traverser ». Les transporteurs appellent cela communément  “Levée de barrage“. Après que le chauffeur du véhicule se soit acquitté de ce “devoir“, les agents des forces de l’ordre procèdent aux contrôles des pièces d’identité des passagers.

Au corridor de Guéhiébly dans le département de Duékoué par exemple les tarifs du rackette sont fixés à la tête du client et selon l’engin sur lequel l’on se déplace. Les nationaux disposant d’attestation d’identité ou l’ancienne carte d’identité verte payent 2000 F. Les non-Ivoiriens doivent négocier leur traversée entre 5000 et 15000 francs.

Quand aux véhicules gros porteurs les chauffeurs payent entre 1000 et 5000 pour traverser et ce en fonction de la nature de la marchandise ou bagage transportée.  Les engins à deux roues paient 1000 frs pour les motos par traversée et 200 pour les vélos. Cette situation se vit dans la quasi-totalité des corridors en zone contrôlée par les forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire.

Chez les Fafn (Forces nouvelles), ce sont les commerçants qui disposent d’énormes bagages qui sont soumis au paiement des taxes dans les corridors. Ceux qui se déplacent dans les minicars communément appelé Dyna se font souvent racketter 200 frs ou 300 frs. Quand aux quelques mini cars “massa“, ils sont obligés de verser 1000 frs dans les différents corridors au lieu de 500 frs avant la crise poste électorale. Cet état de fait a entrainé un véritable découragement chez les transporteurs.

Des transporteurs abandonnent

Certains ont préféré garer leurs véhicules en attendant que la situation sur les routes s’améliore. « Nous ne  pouvons pas travailler pour laisser toute notre  recette sur la route alors que nous avons un personnel à payer et des taxes à verser à l’état. En l’état actuel des choses, chômer est mieux » se plaint  le chef de gare d’une compagnie de transport sur la ligne d’Abidjan. Pour se rendre ces jours-ci dans la capitale économique, il faut soit louer une voiture ou décomposer le voyage. Le coût du transport est passé de 7000 frs à 9000 frs. « Nos camions sont devenus le champ de café et cacao des forces de l’ordre » se plaint D A. chauffeur sur l’axe Man Abidjan. Son collègue F. André a préféré changer de secteur d’activité. « Moi j’ai laissé tomber les “massa“.  Je roule désormais les camions de ramassage de cacao. Ici, il y a moins d’histoire et nous évitons les barrages pléthoriques des FDS  » explique-t-il.

Les prix flambent

Les conséquences de cet état de fait sont énormes sur les prix des produits de première nécessité sur le marché. Tout a grimpé. Les camions frigorifiés transportant le poison frais passent deux jours de route au lieu d’une journée entre Man et Abidjan. Ce qui fait que le prix du carton du poisson appelé “apolo“ est passé de 20.000 frs le carton à 34.000. Le carton de 19.000 frs est monté à 31.000 frs sur le marché.  Le carton de sardine connait une hausse légère. Son prix passe de 17.000 frs à 18.000. Selon Bakary Hamed, gérant d’une chambre froide dans la cité des montagnes, « les tracasseries routières causent d’énormes préjudices aux commerçants qui voient leurs bénéfices baisser au jour le jour ». Le prix du sucre a évolué de 22.500 avant la crise à 36.000 actuellement. Le carton de savon de 8000 monte à 10.000. Celui de 8500 passe désormais à 10.500.  Le lait en poudre qui se négociait à 2600 frs le kilogramme coûte dorénavant 3000 frs le kilogramme. Le sac du riz “cassé“ passe de 17.000 frs à 19.000frs. l’huile de table qui s’achetait à 800 frs se négocie aujourd’hui à 1200 frs le litre. Même le riz local, produit dans la région n’échappe pas à la règle. Le kilogramme coute 400 ces jours-ci contre 250 frs par le passé.

Ces augmentations faramineuses des prix amènent certains commerçants à s’abstenir de vendre certains produits de première nécessité. « Moi j’ai arrêté de vendre le riz semi lux et le lait en poudre parce que ça ne marche plus. Si les produits comme le lait durent trop dans les boutiques, ils périment et cela provoque des pertes pour nous les commerçants. Dans ces jours nous travaillons juste pour notre survie » indique Diallo Abdoulaye, le boutiquier. Ce dernier souhaite que la bonne foi habite les hommes politique afin qu’un terme soit mis à cette crise pour le bonheur des petits commerçants. « Autrement dit nombreuses sont les boutiques qui risquent de fermer si cette situation perdure » prévient-il.

Kindo Ousseny à Man

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