18/11/2010 / La Redaction

C’est devenu presqu’un fait banal à Duekoué (ouest). De nombreuses femmes (de tous âges) sont victimes de viol. Pour le plaisir, pour des raisons criminelles, et même souvent par vengeance, les femmes de cette région sont la proie facile de ces prédateurs sexuels. Malgré les actions des Ong, malgré la réaction des Forces de défense et de sécurité (FDS), les choses ne s’améliore pas. Notre correspondant a mené l’enquête. Au fil des témoignages et des situations que vous lirez, vous comprendrez que Duékoué est désormais en train de se transformer à grand pas en pandémonium.

elles sont nombreuses ces femmes qui souffrent pour avoir subit des viols

La ville de Duékoué et sa banlieue passent pour être la zone du pays où le viol des femmes de tout âge confondu est devenu monnaie courante depuis l’éclatement de la crise en 2002. Ce fléau a pris un coup d’accélérateur en 2009 avec l’avènement de deux nouveaux types de viols à savoir les viols de mineur et les « viols ciblés » qui selon le préfet par intérim de Duékoué Kouamé Bi Tibet Robert, se déroule au moment des braquages. « Il vont barricader les routes qui mènent aux campement de certains groupes ethniques où ils barricadent les voies d’accès munis d’arme de guerre, s’attaquent aux personnes, les dépouillent de tous leurs biens avant de procéder à un viol systématique de tous ce qui est femmes » dénonce l’administrateur. Thèse confirmée par dame M O.

« Nous ne pouvons plus aller dans nos campements. On viole pour faire du mal. Des jeunes armés de kalachnikov ont occupé les pistes qui mènent vers nos campements, et le jour de marché, ils vont se poster dans les broussailles et gare à la femme qui va s’hasarder sur la route. Ils volent et violent les femmes de tout âge. Récemment sur la route qui mènent à Tohazeo un véhicule de transport a été braqué et quatre femmes qui étaient ont été violé et c’est une organisation humanitaire qui a pris ces femmes en charge. Voyez-vous ? La situation est grave ».

Ces événements se sont déroulés le 04 avril 2010 et le lendemain d’autres cas de viols ont été signalés dans la commune.
Selon une source digne de foi, pour la seule année 2009, environ 120 cas déclarés de viols ont été enregistré à Duékoué. Pour le seul mois de mars 2010, plus de 30 cas de viols ont été déclarés. Et selon le directeur du centre social, « nombreux sont les cas qui ne sont pas déclarés du fait de la crainte de la stigmatisation » ou par simple ignorance des méfaits du phénomène de viols. Les victimes de ce crime odieux se comptent par plusieurs dizaines dans la cité du Guémon ( Duékoué). Quelques-unes ont accepté de raconter leur peine.

La peine de ces femmes violées

« De retour du marché le lundi 25 janvier 2010, nous et nos conjoints avons été pris à parti par 9 bandits parmi lesquels il y avait des filles. Ils ont pris tous nos biens avant de nous violer. Nous étions quatre femmes avec nos maris et leurs frères » . Dame K O (30 ans) très indignée en pleure toujours: « Moi qui suis toujours restée fidele à mon mari, ils m’ont fait ça devant mon mari et ses frères ».

Cette dame selon ses dires a été violée par deux personnes. Elle voyageait avec son mari et son frère à bord d’une camionnette. Dame K O dit avoir perdu sa dignité et toute son économie car elle venait de vendre des denrées alimentaires au marché de Duékoué.

Dame M W âgée de 64 ans dit avoir perdu toute sa dignité après avoir été violée par des gamins moins âgés que ses enfants  après avoir été dépouillée de toute son économie. « j’ai très mal » sanglote t-elle. Cette dame souffre aujourd’hui de traumatisme physique et moral.

« Sur le chemin du champ, un homme en tenu de retour de mission s’est arrêté à mon niveau. Comme je faisais chemin seule, il m’a en sommé des coups de cross de fusils avant de me trainer de force dans la broussaille pour satisfaire sa libido. Après avoir accomplit son forfait, il m’a volé mon téléphone portable » a déclaré M O les larmes aux yeux.

Dame S A dit avoir été pris à parti par 6 bandits qui lui ont dépouillé de tout ce qu’elle procédait avant de la violer. C’était dans la première semaine du mois de mars 2010 dans le bloc Kouassikro. « L’un des bandits m’a donné des coups de pied au bas ventre et depuis lors, j’éprouve des difficultés pour marcher du fait des douleurs pelviennes » dit-elle. « C’est au cours de l’attaque de notre domicile à Miably, dans la sous-préfecture de Duékoué que trois des bandits en cagoule m’ont violé » se souvient J E âgée de 8 ans. Aujourd’hui selon son médecin traitant cette petite fille risque de ne pouvoir jamais enfanter parce que son utérus est endommagé.

« Le 17 février 2010 nous nous rendions au champ lorsque nous sommes tombées dans une embuscade des bandits. Ces derniers nous ont pris tout nos biens, tuer à bout portant un jeune homme qui tentait de fuir, blesser grièvement un d’entre nous qui était couché au sol et deux d’entre eux m’ont violé » raconte dame A H âgée de 50 ans.

Le comble c’est que des enfants de Duékoué commanditent parfois l’attaque de leurs propres parents. Selon l’un de nos interlocuteurs, un jeune homme dont il ignore le nom aurait lui-même commandité le viol de sa tante adoptive au motif qu’elle est belle nous sommes dans le mois de mars 2010. Viol au cours duquel il a lui-même pris part. La dame désespérée et moralement traumatisée s’est mise nue dans la rue pour les dénoncer. La police est parvenue à mettre la main sur l’indélicat neveu et ses complices qui sont actuellement détenus dans les geôles de la prison civile de Daloa.

L’impuissance des FDS face aux criminels

La police et la gendarmerie traquent à leurs manières les criminels qui sévicent dans le département. Mais force est de reconnaitre qu’elles ont du mal à mettre un terme à ce fléau. Le commissaire de police de Duékoué Kré Brou reconnait l’insécurité grandissante dans sa zone surtout les cas de viol avec menace de mort. « En 2009, 24 cas de viols ont été portés à notre connaissance. 8 violeurs ont été interpelés par nos soins et déférés à la prison civile de Daloa où ils seront jugés. Parmi eux nous avons 3 élèves et les autres sont sans emploi. Nous avons aussi mis hors d’état de nuire le violeur en série spécialisée dans les viols de mineur de 08 mois à 8 ans. » revèle l’officier de police.

Une rumeur avait annoncé la mort du violeur en série G G Narcine. Le commissaire a pris le soin de vérifier l’information qui s’est avérée fausse. Ce dernier aux dire du commissaire a fait 15 victimes et 18 selon le centre social. Pour cette année 2010, la police a reçu 3 cas et deux individus ont été interpelés. Alors que les organisations de protection des femmes parlent d’une trentaine de cas de viol pour le seul mois de mars 2010. Les personnes arrêtées sont Banhi Marcelin âgé de 44 ans pour viol sur une fille de 9 ans et Oulato F Arthur âgé de 21 ans pour avoir violer une fille de 13 ans. Ces individus selon le commissaire ont reconnus les faits qui leurs sont reprochés. « Ils ont été déférés le 1er avril 2010 devant le parquet de Daloa où il répondrons de leurs actes. », précise l’offisier supérieur.

Pour ces deux derniers cas c’est une enquête minutieuse du commissaire Kré Brou et ses hommes qui a permis de mettre fin à leurs actes ignobles. Ce qui est à déplorer c’est le manque de collaboration des populations aux cotés des FDS dans le cadre de la lutte contre cette vilaine forme de criminalité. Les parents par exemple de la fillette de 09 ans avaient tenté de couvrir le violeur de 44 ans au motif qu’il serait le « maître de maison » (répétiteur) de leurs enfants. Chose grave, ils ont même voulu un règlement a l’amiable selon notre source. Et ce, au mépris de la vie de leur propre fille. Un gendarme qui a requis l’anonymat a indiqué que lorsque les FDS sont alertés, le temps pour eux d’arriver sur les lieux, les bandits ont déjà accomplit leur forfait avant de s’évader dans la nature. Ce qui rend la tâche de gendarmes difficile c’est que ces bandits puissamment armées opèrent très souvent avec des cagoules. Or les FDS sont limités en logistique pour traquer efficacement ces bandits de grand chemin.

Les foyers de tous les dangers

Il y a des pistes dans le département de Duékoué qui ont une réputation de zone d’insécurité. L’axe Duékoué-Guéhiebly, l’axe Duékoué-Pinhou, la route qui mène vers Blody et le Bloc Kouassikro la zone de Guitrozon sont les secteurs où les viols sont récurrents selon de personnes que nous avons interrogées dans la cité du Guémon. A ces zones s’ajoute des secteurs comme l’ancienne gare SITO au sud de la ville et la zone de l’hôtel sans lumière. En milieu rural, les zones à forte concentration d’allogènes et d’allochtones sont très souvent visitées par ces criminels.

La prise en charge des victimes

La direction régionale du ministère de la famille de la femme et des affaires sociale par l’entremise du centre social de Duékoué a mis en place avec ses partenaires ce qu’elle appelle « le système trépied » en vue de lutter efficacement contre ce fléaux qui est entrain de transformer la cité du Guémon en cité du démon. Ce système selon le directeur du centre social Seleumi Pierre est composé de trois entités que sont le centre social et ses partenaires avec pour responsabilité de la prise en charge psychosociale et l’orientation, les forces de défense et de sécurité pour la phase répressive et l’hôpital pour la prise en charge médicale.

Des ONG comme SAVE THE CHILDREN, l’UNICEF, IRC et UNFPA apportent des appuis considérables à la prise en charge des victimes. IRC et l’UNICEF confectionnent des Kits de viol qu’elles mettent à la disposition du centre social pour la prise en charge médicale des femmes violées. Récemment une fillette de 6 ans victime de viol devrait subir une opération chirurgicale et la prise en charge médicale a été entièrement assurer par Save the childrenn. Ces prises en charge n’apportent pas entièrement satisfaction. Selon Dame M O membre de l’organisation des femmes leaders de Duékoué pour la lutte contre les violences faites aux femmes, 3 filles ont été contaminées aux VIH/SIDA et sont malheureusement livrées à elles même. « Ces filles sont issues de familles pauvres et ont des difficultés pour se nourrir avant de prendre leurs médicaments » a déploré dame M O. Le directeur du centre social a dit avoir pris en charge 3 enfants issues de viol. « La mère de l’une d’entre ces enfants a voulu se suicider lorsqu’elle l’a sû» a dit Seleumi Pierre.

La majorité des femmes violées souffrent de traumatisme physique et moral. D’autres sont menacées de perdre leur foyer. Certaines d’entre elles qui ont subit des vols se retrouvent sans ressource financière.

Enquête réalisée par Kindo Ousseny à Man