Eugène Tanoh Ettien, infirme et cordonnier

Ettien au secours d'un étudiant lâché par sa chaussure.

Surpasser son infirmité pour se réaliser. Cette philosophie, Eugène Ettien Tanoh l’a bien comprise, lui qui, malgré son infirmité, se bat pour gagner son pain quotidien.

A l’université de Cocody), se trouve Eugène Tanoh Ettien, un cordonnier. Il est installé juste en face de l’entrée principale de l’Ecole nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée (ENSEA). Il est là depuis un an. Eugène Tanoh Ettien est un infirme. En fait, il est handicapé moteur ; il se meut grâce à ses deux bras.

Dès cinq (5) heures et demie du matin, il installe son matériel de travail. Ce dernier se constitue pour l’essentiel d’un parasol qui lui permet de faire face aux intempéries, d’un banc d’attente (pour les clients), de colle, de cirage, brosse et tous les accessoires… La quasi-totalité de son matériel de travail est disposée sur des planches. Assis sur des cailloux, il passe toute la journée à travailler sur les chaussures usées qui lui sont soumises pour réparation. Et ce n’est qu’aux environs de 19 heures qu’il rentre chez lui, aux Deux-Plateaux.

Un business qui marche

Eugène Tanoh Ettien mène une vie solitaire. Il est sans compagne et mène seul ses activités quotidiennes : «Je vis seul, je fais mes affaires seul, je ne compte pas sur parents» .D’ailleurs, il ne se plaint pas du métier (la cordonnerie) qu’il exerce. En effet, du point de vue pécuniaire, l’on peut dire que le métier nourrit son «homme». Il ne le cache pas et bénit même le nom du Seigneur pour cela : «Je ne peux pas gâter le nom de Dieu. Le jour où ça n’a pas marché, je rentre à la maison avec au moins 6000 FCFA».

Pour arriver à ce rendement, il faut s’assurer de l’existence d’une clientèle – fixe et /ou potentielle. Et en la matière, ce n’est pas ce qui manque à Ettien. La clientèle de ce dernier est constituée de toutes les couches sociales. Il y a «des boss (personnes aisées), des travailleurs, des étudiants…». Ils viennent de toutes les communes d’Abidjan. C’est dire que le cirage et la réparation des chaussures défectueuses d’une bonne partie des Abidjanais passe par Ettien. «Des gens viennent de Riviera, de Yopougon (Toits-Rouges) et même de Port-Bouët pour réparer leurs chaussures chez moi». Mais pour la répartition en fonction du genre, «les femmes sont plus nombreuses que les hommes».

Une clientèle aux motivations diverses

Cette clientèle nombreuse et diversifiée n’est pas guidée par les mêmes raisons. Pour certains clients, c’est le souci de solidarité sociale ou d’oeuvre de charité qui les conduit vers Eugène Ettien. C’est une façon pour ces derniers de l’encourager et de le féliciter pour sa volonté affichée de s’assumer malgré son état. Parce qu’Ettien refuse de quémander pour survivre ; parce qu’il n’accepte pas de se voir considéré comme «une charge pour la société». En effet, sous nos cieux, bien des fois, infirmité ou handicap rime avec mendicité. Pour d’autres clients, c’est son travail bien fait qui les fidélise. Ettien le confesse si bien : «Certaines personnes viennent chez moi pour m’aider, pour ne pas que je sois un mendiant comme les autres, ou pour le travail bien fait».

Mais quelles qu’en soient les raisons, Ettien rend bien des services à toutes ces personnes qui sollicitent ses services.

Certains ne manquent pas de nous révéler toute la satisfaction qu’ils ont de s’attacher ses services. «J’apprécie son travail, c’est chez lui que je viens réparer mes chaussures», nous confie Lesly (étudiante en première année de droit à l’université de Cocody). «Il a bien fait pour ma camarade, c’est pourquoi je suis venue réparer mes chaussures chez lui», témoigne Ruth, élève en Terminale G1.

Le courage et l’envie de Tanoh Ettien Eugène de se réaliser est à saluer, à encourager. En effet, c’est par le travail que l’on peut – véritablement –accéder à l’indépendance et à l’autonomie.

Evrard Aka

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