Appelez-le Cabakrou, «le savon d’Abidjan» !

Le savon "cabakrou" en pleine fabrication

Pas un seul foyer en Côte d’Ivoire n’ignore ce savon fabriqué de façon traditionnelle avec une alchimie dont seuls les fabricants on le secret. «Cabakrou» signifie caillou en Dioula (ethnie du nord de la Côte d’Ivoire). Une image non usurpée en effet, parce que pour être dur, le Cabakrou l’est vraiment.

A Abobo PK 18 derrière pont, une famille a fait de ce «cailloux» son business. Elle a créé une «usine de fabrication». Même si elle est prête à nous montrer quelques secrets de son «usine», elle tient à garder l’anonymat. «On ne veut pas que les gens nous fassent du mal parce que notre affaire marche bien», se justifie le chef de famille. Nous allons donc les appelés TS.

C’est en janvier 2010 que la famille TS s’engage dans la fabrication du savon Cabakrou. «C’est après plusieurs enquêtes menées par ma mère sur la fabrication de ce type de savon, que ma sœur et moi, nous nous sommes lancés», affirme un fils de la famille. D’entreprise familiale avec un nombre réduit de personnes, la forte demande du savon made in Abidjan a nécessité le recrutement d’ouvriers pour satisfaire les nombreuses commandes.

De la chimie aléatoire

Mais comment obtient-on, ce savon dont on vente tant les mérites et qu’on dénigre aussi en même temps ? Huile, acide et plusieurs autres mixtures entrent en ligne de compte pour un processus de fabrication en trois étapes. Tout d’abord la première équipe se charge de chauffer l’huile de palme à une très forte température. Jusqu’à ce qu’elle devienne blanche. Ensuite la deuxième équipe, composée de… «chimistes», intervient pour faire le mélange de d’huile et de l’acide. En respectant des règles de proportionnalité qu’ils ont établies eux-mêmes. «Pour 24 litres d’acide caustique nous utilisons 24 litres d’huile de palme. Il faut éviter de prendre l’un plus que l’autre sinon cela aura de sérieuses conséquences chez les utilisateurs », explique un ouvrier, très sûr de lui. Une fois le mélange fait, on obtient un produit jaunâtre en pâte. Puis une troisième vague d’ouvriers, les mains protégées avec des gants, donnent des formes sphériques à la pâte obtenue. Au bout de quelques maniements et de nombreux lissage, le «Cabakrou» est prêt. Les TS peuvent en produire des milliers par semaine et les écouler sans difficulté.

La phase de vente

L’entreprise de la famille TS vend soit au détail soit en gros. A des prix variés, allant de 100 Fcfa à 350 FCfa l’unité. «Nous fixons le prix des savons en fonction de leur forme. Les plus gros savons ont un prix qui varie de 250 f cfa à 350 fcfa et les moins gros de 10 0Fcfa à 200 cfa », déclare un autre fils de la famille. « Nous sommes à nos débuts. Nous ne gagnons pas grand chose mais nous arrivons à satisfaire les ouvriers et avons juste un peu. Avec le temps, nous espérons que les choses iront pour le mieux», affirme modestement une sœur de la famille. Pourtant, les cabakrou s’arrachent comme des petits pains sur le marché. La majorité de la clientèle provient de l’intérieur notamment de Bondoukou. Mais aussi, des marchés des les quartiers populaires d’Abidjan. La raison : c’est un savon-multi-usage ! Dans un souci d’économie, des foyers utilisent le même savon à plusieurs fins. «Il est fait pour la vaisselle et la lessive, explique un ouvrier. D’autres l’utilisent pour la toilette, sans aucun risque, à en croire les fabricants.

Selon eux, il n’y a pas de risque à l’utiliser, contrairement à ce que disent les détracteurs du ‘‘savon d’Abidjan’’ certainement attachés à la douceur du savon de Marseille. «On ne nous a pas encore signalé des effets néfastes chez nos clients. Il est fait pour ceux qui n’ont pas d’argent. Et en plus, il rend plus propre que les savons que vous trouvez dans les grandes surfaces», clament-ils.

Pour l’heure, le Cabakrou n’est vendu que sur les étables de marchés et pas encore dans les magasins. Car sont efficacité n’a pas encore été scientifiquement prouvée. En attendant, les familles à faibles revenus se contentent de l’acheter, au grand bonheur de la famille TS.

Odet Koutouan

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