Des tapissiers – ou si vous préférez – des « décorateurs d’intérieur » ; une « démocratie » de palier ; une obéissance stricte et un « humanisme » aux couleurs médicales. Ce sont là, les grands traits du tableau de cette cinquième chronique.
Photo Camille Millerand – Texte Donatien Kangah
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La « déco’ d’intérieur ». C’est ainsi qu’ils préfèrent désigner leur activité. « Ça fait plus sérieux », relève d’entrée Adjé, jeune maîtrisard et fondateur de « Schékina Décor », l’« entreprise » qu’il a montée. Au début, c’était simplement un passe-temps, une activité pour ne pas rester « oisif ». Il lui était difficile de poursuivre dans l’immédiat les études – le 3ème cycle étant coûteux, donc ultra-sélectif – et aussi sans emploi.
Chemin faisant, l’activité va prendre de l’ampleur. Son expertise est de plus en plus reconnue. Il en va de même de sa notoriété. Le marché s’agrandit : les demandes fusent. « J’ai même eu à bosser chez des particuliers en ville », confie-t-il.
Plus tard, il est rejoint par son compagnon de la fac, Yannick EKRA. Ensemble, ils vont repenser le projet, le remodeler. Bien qu’elle n’ait pas encore acquis la forme juridique requise, « Schékina » fonctionne aujourd’hui comme une micro-entreprise. En effet, ce ne sont pas moins d’une dizaine de « salariés » qui sont passés par là…
Jour de « bara »
Ce matin (lundi 7 décembre) par exemple, « nous avons 3 ‘’bara’’ (terme Dioula qui signifie « travail »; dans notre contexte, il pourrait être remplacé par ‘’marché’’) », explique Adjé. Ils sont donc obligés de « recruter 2 éléments pour les assister ». Deux groupes sont alors constitués pour travailler simultanément sur les 2 premiers « marchés ». Nous suivons celui de Yannick, le groupe conduit par Adjé n’ayant pas encore débuté.
Il est 8h30 lorsqu’ils se présentent à la cliente du jour. Après l’échange des usages, le travail peut véritablement commencer. Progressivement, la chambre se transforme en un véritable chantier. Amani, la « recrue » du jour, est prié de débarrasser le mur des restes de vieux papiers peints existants auparavant. Nouveau bachelier, il est une connaissance d’Adjé. Il a accepté de venir « bosser » pour à la fois passer le temps et se faire quelques sous. Pour ce service, il recevra entre 700 FCFA et 1000 FCA (moins de 2 euros) ; de quoi à assurer 3 à 5 repas au réfectoire de la cité.
Pendant ce temps, Yannick, « son chef de chantier » dose la poudre d’amidon qui servira à la fabrication de la colle. Mélangée à de l’eau, elle sera ensuite chauffée jusqu’à ce qu’elle devienne assez visqueuse et compacte. C’est cette « colle » qui permettra la fixation du papier au mur. « Nous garantissons à nos clients une solidité d’au moins six mois », affirme Yannick avec beaucoup d’assurance.
La colle préparée, vient l’étape du découpage des papiers à poser. À l’aide d’un mètre, ils prennent des mesures ; des mesures qu’ils reportent sur les 2 rouleaux prévus pour la pièce. La pose peut alors commencer.
Ici, les tâches sont aussi partagées : Amani est chargé d’étaler la colle sur le verso des différentes coupures, puis de les remettre à Yannick qui se charge de les fixer au mur. Ce dernier se charge de « chasser l’air ». Cette opération qui nécessite une application minutieuse est déterminante. « Quand elle est mal faite, les papiers ne dure pas longtemps au mur», prévient-il.
Le travail avance à « un bon rythme ». Il est bientôt 11 h. C’est l’heure du « contrôle » c’est-à-dire la vérification des « points sensibles » que sont les bords. Cette étape terminée, ils peuvent « livrer la chambre » et recevoir leur paie. Pour ce service, ils recevront la somme de 10 000 FCFA (16 euros). « Les prix varient de 7000 FCFA (11 euros) à 10 000 FCFA selon la qualité du papier. « C’est nous qui fournissons tout », révèle Adjé, venu inspecter les travaux.








