Hévéaculture : Le Cnra fait de nouveaux riches à l’ouest (II)

Parcelle expérimentation du CNRA

Ils se comptent  par dizaines ces personnes devenues riches en pratiquant  la culture d’hévéa dans la région. Tout est parti en 1989 où le CNRA (Centre National de Recherche Agronomique) a décidé d’expérimenter un projet hévehicole dans la région. Ceux qui y ont cru comme Yéo Albert, Oulaï André, Taha André vivent aujourd’hui pour la plus part dans l’opulence.

Une visite à la station du CNRA à Zro dans le département de Guiglo nous permet de mieux découvrir la véritable source de richesse de ces paysans peu ordinaires. C’est après avoir parcouru une quarantaine de Kilomètres de piste poussiéreuse sur l’axe Guiglo- Taï que nous débouchons sur une vaste plantation d’Hévéa. A ce niveau, le directeur régional du Cnra Dr Kéli Zagbahi Jules nous présente un champ école d’hévéa de 390 hectares.

A côté de cela une dizaine d’hectares de cacao et de café qui constitue des champs semenciers au profit des populations de la région.

« Nous disposons ici de 900 hectares de parcelle  mise à notre disposition depuis 1971.  Des individus ont tenté de faire des intrusions sur nos parcelles. Ce qui nous a emmenés à créer des champs écoles. Et ici vous avez plus de 390 hectares d’hévéas, des meilleurs clones dont nous disposons. Il s’agit du Irca 41, Irca 230, Pb 217 et Pb 260. (Institut de recherche sur le caoutchouc/  Pb : Prangue Bezard). Ces variétés produisent beaucoup et résistent aux maladies qu’on connait aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Ces clones produisent deux à trois tonnes  de caoutchouc sec  par hectare et par ans », explique le patron du CNRA dans les régions du Bafing, des montagnes et du moyen Cavally.

Cette plantation qui sert d’exemple pour les populations riveraines permet de leur apprendre comment créer une plantation d’hévéa. A commencer par la préparation du terrain, son équipement jusqu’à la saignée. Selon le docteur Kéli Jules, au-delà de la recherche, le CNRA forme le monde paysan à la mise en œuvre des nouvelles techniques culturales.

C’est ainsi que dans le moyen Cavally, une centaine de personnes a été formé au métier de pépiniériste, de greffeur et bientôt des saigneurs d’hévéa qui sont en cours de formation. Les villages riverains de la station ont reçu gracieusement chacun 30 hectares d’Hévéa.

Toutes ces actions ont permis de réduire la pauvreté chez certains jeunes en proie à l’oisiveté.  Koui Pascale est pépiniériste. En plus de son salaire d’ouvrier, il parvient à arrondir  ses fins de moi à travers la vente de pépinières.

« Je vends le plant d’hévéa à 200 francs. Et pour un hectare il faut 600 plants. Ce qui me donne un gain totale de 120000 francs par hectare de pépinière vendus », relève-t-il.

Selon un paysan rencontré à Zanié dans le département de Guiglo, le bon pépiniériste peut percevoir dans le mois entre 200 et 400 milles francs, si ses activités se déroulent bien. Quant aux greffeurs, ils ont eux aussi leur revenu plus ou moins consistants. Mais celui que nous avons rencontré n’a pas voulu nous livrer les chiffres pour des raisons qui lui sont propres.

Pour une population estimée entre 30 et 60 habitants au kilomètre carré, l’action du centre national de recherche agronomique consiste selon son directeur régional à faire reculer la pauvreté à travers la promotion des cultures industrielles telles que l’hévéa, le cacao, le café et les cultures vivrières.

A ce niveau, l’action du CNRA se trouve être contrarié par l’occupation de la quasi totalité des parcelles pour la culture d’hévéa. Certains planteurs vont jusqu’à détruire les plantations de café pour les remplacée par l’hévéa. Or, le CNRA conseille plutôt la diversification  des cultures et non la substitution d’où la promotion des nouvelles variétés de café et de cacao.

Pour la dernière cité, il y a le cacao Mercédès par exemple qui produit à partir de 18 mois et a un haut rendement allant de deux à trois tonnes par hectare et par saison, si toutes les conditions de qualité du sol et d’entretien sont réunies. Le Cnra tente tant bien que mal de promouvoir le riz irrigué en vue d’assurer l’autosuffisance alimentaire.

Le site du CNRA abrite plus de 150 familles qui constituent selon le directeur régional la main d’œuvre. A Zro, le CNRA dispose de 6 hectares de champs semenciers. Il en dispose aussi à Man et (récemment) à Touba. Une zone qui est en train de se transformer progressivement en zone de production de cacao et d’hévéa.

Pour le Directeur régional, « le planteur de cacao disposant d’au moins un hectare de cacao touche entre 1 et 1.5 millions par saison”.

Celui qui a au moins un hectare d’Hévéa peut se permettre de se comporter comme  un fonctionnaire, c’est-à-dire ouvrir un compte bancaires où il peut y aller faire des retraits et même épargner. Etant donnée que son revenu mensuel peut être estimé entre 100 et 150 milles francs voire plus », fait-il remarquer.

L’hévéaculture constitue aujourd’hui une source de revenu jamais égalée dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Les spéculations vont bon train. L’engouement suscité par cette nouvelle culture n’altère en rien les conditions  d’achat dont le prix varie entre 600 et 750 francs le kilogramme.

La demande à en croire les producteurs demeure forte par rapport à l’offre. De quoi satisfaire les producteurs dont le nombre ne cesse de s’accroitre au fil des mois et des années. Il faut aussi relever que l’hévéaculture  a un impact environnemental positif.

Etant un arbre, l’hévéa facilite le recyclage de l’eau. Quand l’arbre vieillit, il peut être utilisé dans la fabrication des meubles ou du charbon de bois.  Ses fruits peuvent être valorisés dans le cadre de la mise en place des pépinières, la fabrication de l’huile ou du savon. C’est donc un arbre utile selon le docteur Kéli Zagbahi Jules.

Kindo Ousseny  

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