INSAAC : Pé Kouamé veut promouvoir le kabato

L'impétrant Pé

Institut National des Arts et de l’Action Culturelle d’Abidjan (INSAAC) . C’est la fin de l’année académique 2009-2010. Pour les étudiants en fin de cycle, cette période rime avec les soutenances.

Il est 16 heures ce Jeudi 19 Août 2010.  Pé Kouamé Innocent,  étudiant en 4ème année de communication,  affrontera dans quelques minutes le jury chargé d’évaluer son travail.

Son thème de recherche : « Création et promotion d’un nouveau produit à base de maïs ». Pour cela, il se tourne vers le « kabato », plat traditionnel des peuples du nord de la Côte d’Ivoire. A base de semoules de maïs, cette pâte se consomme généralement, solidifiée et accompagnée d’une sauce.

Pour  Pé, c’est un met « familier » puisqu’il le « consomme presque quotidiennement depuis son enfance ». Aussi, a-t-il voulu à travers ses travaux le valoriser. Son idée : Proposer  un conditionnement pratique et commode du produit qui sera suivi d’une véritable campagne de publicité.

Des recherches sur le terrain auprès de « cuisinières aguerries » aux affiches finales en passant par le choix du logo…Ce sont des mois de veille en raison de la quantité de travail, d’insomnies dues au stress et surtout d’incertitudes du fait des grèves insessantes qui ont entâchées l’année.Mais tout ceci n’est rien face à la crainte qui s’empare de lui au fil de l’approche de l’heure fatidique.

La pression monte. La tension, aussi. On la sent. Les dernières répétitions passent difficilement. Pé n’est pas très rassuré même s’il feint de l’être.

« Ils arrivent », annonce un de ses camarades pour annoncer l’arrivée imminente du jury. Les dernières mises au point, il se tient debout pour les accueillir. A peine entrent-ils dans la salle qu’ils le questionnent. « C’est toi qui veut nous faire manger le « kabato » ? », lance un des membres du jury.

Une proposition d'affiche publicitaire

16 heures 40. La présentation peut commencer. Il ne la terminera pas que surgissent les premières interrogations. « C’est Fela ? », demande le Président du jury pointant du doigt le personnage d’un des dessins de Pé. Le dessinateur hésite et une autre question survient. Cette fois, de son directeur de recherche : « Combien de temps as-tu consacré à ce dessin ? ». « 2 jours » répond Pé. « Tu consacres 48 heures à un personnage dont tu ignores l’identité…c’est à croire que ce que tu fais ne t’intéresse pas », commente un autre.  « Non », rétorque le critique d’art du jury. « En fait, la musique, ce n’est pas son domaine. C’est l’agro-alimentaire », ironise-t-il.

Perturbé, Pé ne se laisse toutefois pas déstabiliser jusqu’à l’épreuve des « 5 minutes de tchatch «  (parler, convaincre en argot ivoirien) . Le Président du jury, en accord avec les autres membres propose à Pé de « se vendre en les considérant comme des recruteurs ».

Les aura-t-il convaincu ? Apparemment oui puisqu’il s’en sortir avec la mention  » Assez bien » .

Donatien Kangah

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