Tous clament haut et fort : « Abidjan sent mauvais », « Abidjan ploie sous le poids des ordures ». Financée par la Banque Mondiale, une opération dite ‘’ville propre’’ en vue de soigner cette image peu reluisante de la ville d’Abidjan vit le jour. A peine achevée il y a quelques mois, l’on note le retour en force des ordures dans Abidjan. Mais au fond, à qui la faute ? N’allons pas chercher loin. C’est notre comportement – irresponsable- qui pollue notre environnement, qui nous tue.
L’insalubrité de nos cités est imputable à tous. C’est dire que « nous sommes tous coupables ». Du petit cireur de chaussures ou de la vendeuse d’arachides aux intellectuels, tous sont fautifs. Dans tous les milieux ou quartiers, l’environnement subit le « mauvais comportement » des Ivoiriens.
Les « jeteurs » de papiers et autres…
Certaines personnes transforment le lieu où elles se trouvent en poubelle. Le niveau d’instruction semble avoir peu d’effet sur ce comportement déplorable et blâmable des Ivoiriens. Le dégré d’insouciance environnementale est à son comble. On croirait même que cette attitude de « pollueur » est héréditaire. Le campus n’échappe pas à cette triste réalité. Les amphithéâtres, les salles de travaux dirigés, les bibliothèques… sont remplis de feuilles de lotus, de journaux, de sachets d’eau et autres papiers. Les étudiants, après avoir acheté et consommé quelques beignets, bu quelques sachets d’eau ou même utilisé des feuilles de lotus, transforment sans gêne ces diverses salles en décharges. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont les mêmes qui se plaignent que « les amphis sont sales » et que « l’administration ne fait rien pour les nettoyer ».
Dans les rues aussi, on ne manque pas de jeter le sachet, le vieux journal, (etc) qui semble gêner. Un lundi, de retour de Bingerville, nous empruntâmes un bus, le 610 en l’occurrence. Un des passagers, après avoir fini de consommer un épis de maïs braisé, jette par-dessus les vitres du bus, en plein Riviera 3 et sur l’autoroute, l’épis dépouillé de ses grains. Le conducteur immobilise donc le véhicule et demande à connaitre la personne qui a posé cet acte. Quelle ne fut pas son indignation ! Il reçut la réprobation des trois quarts des passagers. On pouvait entendre : « c’est à cause de ça tu nous retardes ! », « c’est toi le maire ? », « conduis le bus, on va partir ». Comme quoi ,le niveau d’insouciance des Abidjanais est inquiétant.
Les « pisseurs » dans les rues…
D’autres transforment l’environnement en toilettes publiques. Les espaces verts (qui nous restent), les rues… sont pris pour cibles. Il n’est pas rare de voir des gens en train d’uriner en ces lieux partout en Abidjan, bien qu’il y ait souvent des toilettes publiques à leur disposition. Les caniveaux (à ciel ouvert) en bordure de route, les clôtures, les murs et même les maisons des particuliers sont des lieux de prédilection pour accomplir ces besoins. C’est d’ailleurs ce que le groupe musical GARBA 50 avait dépeint dans l’une de ses chansons quand il disait : « on pisse sur les murs et puis ça va pas quelque part ». Le comble, c’est que certains vont même jusqu’à déféquer en ces lieux. Ce spectacle désolant s’observe souvent au niveau des ponts et des espaces séparant les routes comme à la sortie de Yopougon (par Siporex) pour se rendre à Adjamé.
Ces attitudes et pollutions à outrance s’observent aussi et malheureusement en province. Aucune ville de la Côte d’Ivoire n’échappe à ce triste décor. Les immondices s’observent çà et là. Les uns et les autres agissent ainsi parce qu’ils se disent que « c’est le travail du Maire de faire ramasser les ordures » ou que « c’est aux autorités (compétentes) de prendre les dispositions nécessaires pour rendre l’environnement viable ». C’est à penser que s’ils ne polluent pas l’environnement, ces autorités seront inutiles ; elles auront des budgets pour rien, sans travailler. Il est vrai que les Maires ou les autorités – compétentes- ont le devoir de rendre viables nos cités. Ils ne sont d’ailleurs pas à défendre, du fait de leur manque ou de leur insuffisance d’action en matière de salubrité ou même d’environnement.
Mais quelle est cette fâcheuse habitude de toujours vouloir confier ce qui est essentiel ,voire vital pour notre existence à autrui ? Quand réaliserons-nous que tout ce que nous faisons de bien ou de mal, c’est à nous-mêmes que nous le faisons ?
Evrard Aka








