Mohamed Ballo, une vie de migrant en Turquie

Mohamed Ballo, déterminé à réussir en Europe

«Je veux traverser. Je veux aller à Paris». Cette phrase, Mohamed Ballo n’arrête pas de la répéter à qui veut l’entendre. En réalité, c’est le rêve qu’il caresse depuis qu’il a mis les pieds en Turquie.

Il vient de la Côte d’Ivoire, son pays natal. «Je suis parti la Côte d’Ivoire à cause de la crise et parce la vie était devenu trop dure. Je n’arrivais plus à subvenir à mes besoins».

Malgré son métier de commerçant, Mohamed aspire à mieux. «Je voulais me rendre dans un pays européens. Et des amis revenus de là-bas, m’ont dit que la Turquie était un bon point de départ par lequel je pouvais accéder à plusieurs pays».

Mohamed est orphelin. Il sait qu’il ne peut compter que sur lui seul. En 2007, il rassemble toutes ses économies pour s’acheter un billet d’avion pour la Turquie avec un visa court séjour. Et part à l’aventure.

Pas belle la vie à Istanbul

Mohamed n’avait jamais imaginé que ce serait aussi dur de vivre loin de chez lui. «Lorsque mon visa a expiré, j’ai commencé à me cacher dans certains quartiers et à ne sortir que le nuit de peur de me faire prendre par la police et d’être jeté en prison». Un sort que de nombreux immigrés sans papiers subissent. Et cette détention peut durer de quelques jours à plusieurs années. L’extradition n’est pas forcément la solution immédiate pour les autorités turques.

Ballo choisi alors de se rendre au service d’immigration et de se déclarer « exilé de guerre ». «J’ai été conduit aux HCR afin de bénéficier d’un statut de réfugié mineur». Les Nations Unies lui délivrent une carte de réfugiés et l’oriente vers le centre pour réfugiés mineurs. « J’ai pu être accepté dans le centre en réduisant mon âge».

Aujourd’hui, il a officiellement presque 18 ans. L’âge de la majorité à partir duquel il devra quitter le camp de réfugié (en réalité il a 27 ans). Mohamed Ballo, essaie autant qu’il peut de s’intégrer à la vie d’Istanbul. Il apprend la langue turque, qu’il parle couramment. D’ailleurs, son statut de réfugié mineur, lui vaut également d’un titre de résident qui l’autorise à travailler. « Avec ce papier je fais de petits boulots ça et là. Mais ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas ce que je suis venu faire. Moi, je veux traverser », rappelle t-il.

De plus en plus l’aventure de la traversée le presse. Le jeune originaire d’Odienné (ville du nord de la Côte d’Ivoire) est déterminé malgré toutes les histoires tragiques qu’il a entendu. «Beaucoup de personnes qui ont essayé de traverser sont mortes noyées. C’est un risque trop grand. Et c’est pour cela que certains se désistent. Mais moi je veux prendre le risque», affirme t-il déterminé.

Pour l’heure, il sait que cette traversée ne se fera pas de sitôt. « Je n’ai pas d’argent même pour manger. A plus forte raison payer la traversée. J’attends un peu encore ».

Dans cette attente, Mohamed Ballo, continu sa vit quotidienne à Istanbul. Parfois l’envie de retourner en Côte d’ivoire le prend. «Mais si je retourne fauché, ça sera une grande honte pour moi. Mes amis et mes frères savent que je suis venu me chercher (me débrouiller). Je ne peux pas retourner sans avoir réussi ». Et la réussite de Ballo passe par l’Europe. Pour l’heure, ce musulman pratiquant espère en Dieu et attend un miracle.

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