De nombreux conflits ont secoué l’Afrique de l’Ouest ces 20 dernières années et dans la plupart d’entre eux, les médias ont eu un impact sur les décisions qui touchent les questions de paix et de sécurité.
Libéria, Sierra Léone, Guinée Bissau, Côte d’Ivoire et aujourd’hui le Mali. Les crises qui se succèdent dans la sous-région sont des exemples palpables de cette instabilité quasi endémique qui plombe le développement économique de la CEDEAO.
Dans la plupart de ces conflits, les médias ont eu un impact sur les décisions qui touchent les questions de paix et de sécurité. Malheureusement cet impact a été bien trop souvent négatif : de nombreux conflits dans la foulée ont été amplifiés par l’action des médias.
Les journaux, stations de radio et chaînes de télévision, affiliés pour certains à des chapelles politiques ont préféré servir la cause des belligérants au détriment de celle du peuple.
« L’exemple de Radio mille collines est là pour nous le rappeler : les médias peuvent influencer l’issue d’une crise. Vu donc leur importance, les médias doivent être mis à contribution pour promouvoir la paix et la sécurité dans la sous région », souhaite vivement SAID Djinit, le chef du bureau des nations unies pour l’Afrique de l’ouest (ONUWA).
Pour être au service de la paix, les médias de la sous-région doivent pouvoir respecter certains critères. Ils sont principalement liés aux règles de déontologie qui régissent leur univers et à l’orientation de leur ligne éditoriale.
Des médias responsables
Pour réussir le pari d’instaurer en Afrique de l’Ouest des médias responsables, crédibles et soucieux de promouvoir la paix et la sécurité, plusieurs initiatives ont vu le jour dans la sous région. Parmi elles, figurent les forums sous régionaux, les réseaux de journalistes et des séminaires de renforcement de capacité sur les questions de paix et de sécurité.
Au-delà de ces formations et rencontres cycliques, les professionnels des médias sont convaincus que deux éléments clés peuvent contribuer à rendre les médias plus responsables. D’un côté la formation des journalistes et professionnels des médias et de l’autre la conscience professionnelle.
« Toute profession possède un circuit de formation et dans l’univers des médias cette réalité est encore plus présente. On ne s’improvise pas professionnel média : il faut accepter de se faire former pour être utile non seulement à l’organe qui vous emploie mais aussi à vous-même. La formation sanctionnée par un diplôme est première protection dans votre métier », soutient Yerom BALLO, journaliste et correspondant pays en Guinée Bissau pour Radio France International.
Au-delà de la formation, la conscience professionnelle est l’élément capital de la vie du journaliste et du professionnel des médias.
« Il ne s’agit pas absolument d’être bien formé car il existe des personnes bien formés mais qui ne font rien pour contribuer à l’apaisement des situations en temps de crise. C’est donc plus une question de prendre conscience de son rôle, de sa mission et une fois qu’on a une claire conscience des objectifs de sa mission on pourra alors, formation à l’appui, faire son métier et s’adapter aux situations de crise ou aux situations ordinaires. Donc oui à la formation mais oui aussi à une prise de conscience de sa mission en temps de paix comme en temps de guerre ! », affirme Alfred Dan MOUSSA, journaliste/consultant et Directeur de l’Institut des Sciences et Techniques de la Communication d’Abidjan (ISTC).
En respectant les règles de déontologie qui balisent son métier, le journaliste et plus généralement le professionnel des médias créé sa propre protection et se met au service du peuple. Pour parler de paix et de sécurité de façon efficace et utile aux populations, il doit pouvoir afficher en tout temps sa neutralité et son impartialité.
Savoir parler de paix et de sécurité
Dans cette quête de l’information juste, utile aux populations et loin d’enflammer les passions politiques et la haine tribale, les médias doivent savoir orienter leurs productions qui touchent les questions sensibles comme les conflits communautaires, les problèmes fonciers, la gestion des crises politiques et militaires…La promotion du vivre ensemble doit guider le choix des angles et de la ligne éditoriale.
Pour Quentin KANYATSI, Directeur pays (Côte d’Ivoire) de Search for Common Ground « le professionnel des médias sur le terrain doit comprendre qu’il est en mission de promotion de la paix. Il doit ‘’désarmer’’ ses propos, sa plume, tourner le dos à l’achat de conscience et aux pots de vin pour se mettre au service du dialogue entre les composantes de la société ».
Parler de paix amène bien souvent le professionnel des médias à collaborer étroitement avec différents composantes de la société. L’armée est l’une d’entre elle. Le professionnel des médias peut se retrouver sur le terrain de l’information avec une entité qui est loin de comprendre, en apparence, ses besoins.
D’un côté, l’envie d’informer vite, juste et bien contraste d’avec les notions de hiérarchie et d’information dites sensibles voir susceptible de mettre en péril des vies de centaine d’homme en arme. Dans ce contexte, un mur de méfiance s’installe entre les professionnels des médias et l’armée. Cette méfiance se traduit par des arrestations et de la brutalité.
Comment faciliter donc le rapprochement entre deux univers qui cohabitent sans le plus souvent arriver à se comprendre ? Sylvio Combé, président du Réseau Africain des Journalistes sur la Sécurité Humaine et la Paix (RAJESEP) propose qu’il soit établi « un cadre de dialogue permanant entre l’armée et les professionnels des médias de sorte que les méthodes de travail des deux entités puissent être comprises de part et d’autre ».
L’idée de promouvoir des espaces de rencontre entre les professionnels des médias et l’armée est soutenue par le Colonel Abdouraïm KEBE, Directeur de l’Information et des Relations Publiques des Armées du Sénégal.
« Ce type d’échanges pourra permettre aux professionnels des médias d’être mieux informé sur les méthodes de gestion de l’information au sein de l’armée. Ils doivent néanmoins comprendre que l’armée ne saurait sacrifier le sacro-saint principe de protection des informations sensibles, les professionnels des médias doivent s’y faire ! »
Contribuer au développement des pays ouest-africains et être utile à la paix, les médias ouest-africains peuvent réussir ce pari. UGHO Sunday, responsable média au siège de la CEDEAO en est convaincu et plaide auprès des médias de la sous-région pour que « les thématiques autour des questions de paix et de sécurité ne soient pas seulement abordées lors des crises mais également en temps de paix ».
SUY Kahofi










