C’est un aîné. Inscrit en thèse, il fait partie du cercle des doyens de la cité. Entre son « cyber », sa thèse et le basket, il n’a pratiquement pas le temps. Portrait.
Photo Camille Millerand – Texte Donatien Kangah
Ouvert depuis seulement 1 mois, le cyberespace d’Emmanuel fait déjà parler de lui. « Le meilleur cyber sur le Campus en ce moment », affirme un étudiant. Pour un autre rencontré sur les lieux, « le grand nombre de postes » (20) participe de cette notoriété.
« Ce projet est parti d’un constat général », explique –t-il. « En Côte d’Ivoire, seul 1 foyer sur 10 a accès à l’internet. M’étant rendu compte de la grande capacité de consommateurs que regorge le Campus, j’ai donc décidé, avec l’aide d’un parent, d’y investir ». Ce sont près de 6 millions de FCFA (10 000 euro) qui ont été investis dans ce projet.
« Cela n’a pas été facile. Cette salle était dégradée. L’eau coulait de partout », raconte-t-il. Mais voyant « au-delà de son nez », il s’est engagé. « J’ai financé entièrement la réparation des fuites d’eau du bâtiment», avance-t-il. Il a ensuite mené une campagne de sensibilisation sur le bâtiment (le E), expliquant aux étudiants la nécessité de prendre soin de ces installations, de ne pas laisser non plus les fuites d’eau s’aggraver. « Je crois que cela a marché », se réjouit-il. Toutefois, il a pris le soin de parer à toute éventualité. Sous le toit, il a, avec l’aide de son plombier, prévu tout un dispositif d’évacuation des fuites d’eau de sorte à ce qu’elles ne puissent plus inonder la salle.
Dans son cyber, il emploi 5 personnes : 2 chargés de la maintenance et 3 gérants qui se relaient tous les jours jusqu’à 2 h. Il espère pouvoir générer des revenus qui lui permettront d’achever « tranquillement » ses études.
Les neurosciences, une filière mal outillée
Il étudie les neurosciences. Cela fait 4 ans qu’il est inscrit en thèse. Ce retard, il le doit à la défaillance, du moins, au manque de « matériels de recherche ».
Ses travaux portent sur « l’influence alcoolique sur la mémoire des élèves » ivoiriens. Ce thème est une suite de son mémoire de DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) où il traita les effets du « koutoukou » (boisson traditionnelle alcoolique à forte dose) sur le cerveau ; un thème qu’il a dû accepter en fonction de la disponibilité du matériel, qui aujourd’hui est défaillant. « C’est l’un des grands problèmes de notre système. L’autre, c’est la mauvaise foi des devanciers qui acceptent difficilement de partager leurs « gombos » d’enseignants avec des étudiants devenus aussi enseignants. C’est triste », déplore-t-il.
Il attend d’avoir un peu de sous avant de poursuivre ses recherches. « J’ai besoin d’environ 200 000 FCFA (300 euros). L’appareil, en question, j’ai pu en trouver au CHU de Treichville ; mais là-bas, ils ne font que des analyses de 20 min à 20 000 (30 euros). Alors que moi, j’ai besoin de plus d’1 h de travail », relève-t-il un peu déçu.
Emmanuel n’est pas néanmoins du genre à se décourager. Il garde espoir, et ambitionne, après sa soutenance, de rendre public ses travaux de recherches « afin d’en faire bénéficier le maximum de personnes ».
Un sportif
Anciennement joueur professionnel de l’AUC (Abidjan Basketball Club), il occupe depuis la saison 2008, le banc du club universitaire.
Pour Emmanuel, « le basket, au plan local, est mort ». « L’absence de sponsors a fini par tuer le peu d’engouement qui restait », se défend-t-il. Au niveau des clubs, il y a aussi la mauvaise gestion qu’il faut noter.
A l’AUC, c’est encore pire. « Les joueurs ne perçoivent pratiquement plus de primes », dénonce-t-il. Il se bat, selon ses moyens, pour les encourager à rester car « il vaut mieux qu’il dépensent leur énergie positivement ». Il envisage, par ailleurs, monter une ONG de lutte contre la drogue dans le sport.
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