19/05/2018 / Moahet-Sran

Le 18 mai 2018, à Adiopodoumé (km 17, route de Dabou), au siège du Centre suisse de recherches scientifiques (CSRS) en Côte d’Ivoire, il a été procédé à la restitution des résultats du projet Rage-GAVI, conduit par le CSRS.

Avec l’appui et le soutien de ses partenaires des mondes médical, vétérinaire, éducatif et universitaire, il s’agissait pour le CSRS d’évaluer le « poids de la rage en Côte d’Ivoire », en vue de l’adoption d’une « stratégie [nationale] d’élimination » de la maladie.

Pendant deux (2) ans, le projet Rage-GAVI a permis de mener des études et recherches dans deux (2) régions importantes de la Côte d’Ivoire : San Pedro et Bouaké. Mais comme l’indique Prof. Bassirou Bonfoh (directeur général du CSRS), il est « possible d’extrapoler les résultats sur toute la Côte d’Ivoire.

Rage en Côte d’Ivoire, des données inquiétantes

Dans toute la Côte d’Ivoire, la population canine se situe entre 1 276 000 et 1 500 000 chiens, dont 10 % sont « sans propriétaires ». La population canine se trouve majoritaire en milieu rural, avec une proportion de 79 % et un ratio de : 1 chien pour 3 ménages. Seulement 9 % des chiens en milieu rural sont vaccinés.

Rage : facteurs de risque de morsureLa Côte d’Ivoire enregistre annuellement, 2 morsures (de chiens) pour une population de 1000 personnes. En zone urbaine, la menace de morsure de chiens est plus élevée. Le projet a révélé 53 % de victimes en milieu urbain contre 47 % en zone rurale. Le genre masculin est le plus exposé ; cette population enregistre 59 % des morsures contre 41 % pour le genre féminin. La possession d’un chien expose fortement son propriétaire aux morsures.

Des résultats du projet Rage-GAVI, l’on apprend également que seulement 3 % des chiens mordeurs sont vaccinés contre la rage ; 97 % ne le sont donc pas. Le risque de rage est grand et la menace réelle.

Des comportements à risque

Le projet a révélé la méconnaissance de la rage en Côte d’Ivoire par une bonne partie de la population. Pour nombre de personnes, c’est « une affaire déjà pliée ». Même 55 % des propriétaires de chiens ne connaissent pas la rage.

Cette « insouciance sanitaire de la rage » conduit au développement et à la justification de différents types de rapports des populations avec les chiens. Dans certaines communautés, l’on utilise le chien comme «animal sacrificiel pour des fétiches et la médecine traditionnelle », indique Dr Martin Amalaman, socio-anthropologue et enseignant-chercheur ivoirien.

D’autres communautés vont priser la viande de chien dans leur consommation, poursuit Dr Amalaman. Au quotidien, en milieu urbain comme en zone rurale, le chien est un animal de chasse et de compagnie. Les enfants, par exemple, jouent avec les chiens, en toute insouciance.

Quand un enfant est mordu par un chien, il cache l’information à ses parents et à son entourage, la plupart du temps. Quand il arrive à informer ses parents de la morsure, ces derniers, négligent généralement de prendre les dispositions idoines. C’est quand l’enfant commence à faire la maladie qu’ils vont s’empresser de le conduire dans un centre de santé. Malheureusement, quand les signes de la rage apparaissent, plus rien ne peut être faire pour le sujet infecté : la mort s’ensuit inévitablement. Parmi les victimes de la rage en Côte d’Ivoire, les enfants comptent pour au moins 50 %.

Il n’existe pas encore de traitement curatif contre la rage. On ne peut que s’inscrire dans la prévention de la maladie. Et en la matière, la sensibilisation s’avère cruciale.

Crédit-photo (à la Une) : pixabay.com

Evrard Aka