Lundi 10 mai. Il est très difficile pour les Abidjanais de rallier les autres quartiers de la capitale depuis le plateau. Les gares de wôrô wôrô (taxi communal) sont vides et les jeunes chargeurs sont au chômage. La raison de cette absence est toute simple : wôrô wôrô et chargeurs sont priés de libérer le trottoir en prélude au sommet annuel de la BAD.
Selon les sources administratives, on veut éviter que les attroupements de véhicules gênent la circulation des délégations attendues dans la capitale Ivoirienne. La décision est appliquée à la lettre au grand mécontentement des chargeurs et à la grande déception des Abidjanais obligés de traverser tout le plateau pour trouver un wôrô wôrô au environ des ponts De Gaulle et Houphouët Boigny.
La décision de l’autorité est irrévocable et pour que le suivi de la décision soit effective les forces de l’ordre veillent au grain. A la Sorbonne, la surveillance est l’affaire des éléments des unités CRS. La brigade présente dispose d’équipement anti-émeute certainement pour contrer tout débordement. Les chargeurs éloignent les clients désorientés et crient leur colère. « Nous aussi nous contribuons à l’économie du pays », affirme Idriss un chargeur. « Ce n’est pour une petite réunion qu’on va empêcher des jeunes Ivoiriens de nourrir leurs familles », conclu t-il.
Les commerçantes et les vendeurs ambulants regardent les chargeurs se plaindre sans dire un mot. Au fond beaucoup se disent que les prochains sur la liste sont certainement eux et ils n’ont pas tord. Des jeunes vendeuses ambulantes ont été priées de rester autour de la Sorbonne ou de regagner les dessous du pont vers la sortie sud du centre des affaires. « Que cette réunion de la BAD finisse le plus tôt possible. Nous vivons de notre commerce au jour le jour et si on doit nous demander de rester à la maison ça sera dur pour nous », souligne Marie Paul vendeuse à la Sorbonne.
Concernant ce toilettage du Plateau, les avis sont partagés. Certaines personnes estiment que pour l’image du pays et surtout celle de la Commune du Plateau cela s’impose. Il faut faire bonne impression aux yeux de nos illustres invités. D’autres par contre estiment que chacun peut vaquer à ses occupations sans que cela ne dérange d’une quelconque manière le sommet de la BAD. Force est à l’autorité et visiblement elle a choisi la première option qui est celle de dégager les rues du Plateau.
Suy Kahofi








