S’il existe une particularité à relever de la vie des campus ivoiriens, c’est leur très forte organisation structurelle interne. En dehors de celle, souvent trop bien/mal connu, des mouvements syndicaux, il y a celle – peu connue mais tout aussi réelle et plus directe – des résidants.
Photo Camille Millerand – Texte Donatien Kangah
Tenez, par exemple. Sur les cités, chaque palier, en général, est géré par un bureau avec à sa tête un « Chef ou Président de palier ». Celui-ci est chargé, avec son équipe, de veiller au bon voisinage entre les résidants et de gérer les problèmes mineurs (panne d’électricité, d’eau etc) qui peuvent subvenir sur « son territoire ». Souvent, ces rapports dépassent le cadre restreint du palier. Ainsi, l’on peut voir cette gestion restreinte s’élargie à 2, 3 ou 4 autres paliers voire le bâtiment. Ainsi, à Mermoz, il y a « un cadre de concertation conjoint » des « Chefs » des différents paliers du Bâtiment B.
Le modèle « casa biancais »
« La Casa Bianca » ou « Maison blanche », c’est aussi à Mermoz. Elle appartient au lot des maisons basses qu’on appelle « villas ». Officiellement, c’est la « villa 6 ». Comme pour certains paliers –surtout ceux du grand Campus – les résidents, sous l’impulsion de leur « Président », Tyeroo, ont voulu nommer le leur.
« Au-delà du nom, c’est une vision d’esprit que nous avons voulu communiquer», explique-t-il.
« La Casa Bianca », c’est d’abord la propreté et… la beauté, Tyeroo, étant artiste-plasticien. Un point d’honneur est, en effet, mis sur l’environnement. La propreté des lieux, la tenue d’un petit jardin, la réfection de la peinture du palier aux frais uniques des résidents sont des actions à mettre aux comptes de cet aspect. Il se raconte même que c’est lors de son passage à la « Maison blanche » que le Directeur Général du CROU-A (Centre Régional des Œuvres Universitaires d’Abidjan), ému par cette attention particulière pour la protection de l’environnement, a eu l’idée du concours de propreté en cours actuellement entre les différentes résidences « U ».
« La Casa Bianca », c’est aussi l’exercice de la démocratie. « Ce sont les résidents qui décident ; nous nous ne faisons qu’appliquer », explique Tyeroo. A la « Casa Bianca », les habitants se prononcent sur toutes les questions. Il n’y a pas de domaines réservés. C’est une « démocratie à la suissesse ». Quand une situation se présente. Le « Président » convoque son « cabinet » composé d’une dizaine de membres allant du « chancelier » (le Secrétaire Général) au « Ministre de la culture », en passant par « la Communication, l’Economie, la Santé et aussi les Conseillers ».
Le « gouvernement » réuni, discute d’une position à défendre lors de la plénière avec les résidents. « Une fois les décisions prises en bureau, nous adoptons tous cette position devant les résidents », affirme Koudou, le chargé de la Com’. Aujourd’hui (Lundi 07 décembre), par exemple, il a été décidé de l’organisation d’une fête pour terminer en beauté l’année. Cette proposition de fête, ils la défendront lors d’une prochaine réunion ouverte à tous les résidents du palier. Quitte à les convaincre ou pas.
La « Casa Bianca », c’est aussi la solidarité et surtout la fraternité. Tous les « casa biancais » sont frères. Ici, les barrières sont brisées. « On entre partout pour manger, regarder la télé… », raconte Tyeroo. Cette forte solidarité a permis la mise sur pieds d’une sorte de système d’urgence qui permet, en mettant les compétences des étudiants-médecins du palier en jeu, une prise en charge immédiate en cas de crise subite d’un résident. « Nous avons pu ainsi aider certains de nos camarades pour les premiers soins, le temps qu’arrivent les parents pour assurer le relais », relate Tyeroo. Même les anciens de la « Casa Bianca » – la « diaspo’ », – ne sont pas oubliés ; ils sont souvent sollicités pour participer à la vie de leur ancien palier.
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