Il est 17h ce mardi 23 août 2011 à Sekoukro, un petit campement de cacaoculteur dans la sous-préfecture de Doba. Des jeunes enfants reviennent des champs avec leurs parents. Selon les traditions ivoiriennes, les enfants accompagnent généralement les parents pour les travaux champêtres. Cela n’a donc rien d’inhabituel ou d’étonnant, mais seulement voilà !
Depuis quelques années, le paysage agricole ivoirien en général et la cacaoculture en particulier porte le lourd spectre d’utilisation abusive et illégale d’enfants dans les plantations. La production cacaoyère, première spéculation d’exportation du pays est donc mise à mal par ce phénomène dit de « traite des enfants ».
Fondements historiques
Dans nos campagnes, l’utilisation des enfants dans les champs n’a rien d’alarmant. Le transfert du savoir faire agricole du père au fils en dépend largement. C’est auprès des parents que les enfants, futurs planteurs apprennent le métier de la terre. Ainsi la présence d’enfants dans la cacaoculture n’est-elle pas l’indicateur premier de l’existence potentiel d’une traite d’enfants.
Comme on le dit souvent en Afrique, « la richesse d’un homme ce sont ses enfants ». En d’autres termes, sa richesse réside dans l’aide que lui apportent ses enfants.
« Je travaille depuis toujours avec mes enfants, sans eux je ne pourrais plus entretenir ma plantation », laisse entendre Achille Kouadio, planteur dans la localité.
Le travail des enfants un phénomène de société
De plus en plus, des personnes peu recommandables s’adonnent de façon clandestine au trafic d’enfants. Ce trafic concerne pour la majorité des enfants venus des pays pauvres au sud du sahara, à savoir le Mali et le Burkina, souvent même de certaines régions pauvres du pays.
Leurs parents les livrent à ces travaux contre rémunération. Ces mineurs sont embarqués dans ces aventures sans lendemain avec des promesses de vie meilleure ou en feignant des voyages touristiques dans les zones cacaoyères ivoiriennes.
« Les jeunes mineurs de l’inter-land sont convoyés chaque année à la recherche d’un lendemain meilleur. Mais c’est dans des conditions assez désastreuses que ces derniers se retrouvent une fois sur place. Souvent, ce sont leurs frères qui les ont précédés ici qui les placent contre rémunération. Des actions ont déjà été entreprises par notre coopérative pour que les membres soient sensibilisés sur cela », explique Koffi Pascal, PCA d’une coopérative.
Les pires formes de travail des enfants
Selon la Convention 182 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), on parle de travail des enfants lorsque :
« Les enfants et les mineurs (moins de 18 ans) exercent un travail dangereux qui porte préjudice à leur bien être physique, mental et moral. Ils travaillent dans des endroits dangereux et insalubres, la nuit, ou avec des substances et équipements dangereux. Ils portent des charges lourdes et sont confrontés à des abus avec preuve de travail forcé, obligatoire ou résultant de trafic ».
Des dispositions légales régissent donc l’utilisation des enfants pour les travaux divers.
« Les enfants âgés de moins de 15 ans ne sont employés, que ce soit en tant qu’ouvriers permanents, saisonniers ou à la tâche. Si la législation locale a établi un âge minimum supérieur, cet âge supérieur s’applique. (Réf. Convention 138 de l’OIT sur l’Age Minimum».
La sensibilisation sur ce phénomène porte déjà ses premiers fruits dans nos contrées. L’utilisation illégale de jeunes ouvriers étrangers commence à s’estomper au profit de contrats prenant en compte les besoins des travailleurs.
Ainsi, retrouvons-nous les contrats en argent ou en nature dit d’« aboussans » soit le tiers de la production pour le travailleur ou plus rarement « abougnons », soit la moitié de la production au travailleur.
Cependant, les paysans ne comprennent pas souvent le bien fondé des restrictions sur les travaux qu’ils demandent à leurs enfants.
« Mon fils a 14 ans, il est déjà grand et on me demande de ne pas aller avec lui au champ. Comment je vais faire maintenant ? », affirme le doyen Djéa, mécontent.
Les enfants représentent certes une aide notable en agriculture mais les travaux qu’ils réalisent doivent être proportionnels à leur âge et leur force physique.
Seule une sensibilisation continue pourra faire changer les mentalités. La patience de l’eau ne finit-elle pas d’avoir raison de la roche ?
Jacques KIRIOUA







