Un pont à payage en bois

Assis sous son hangar, Pacôme patiente en faisant tinter les pièces qu’il perçoit avec les usagers du pont en bois qu’il a construit. Cinquante francs CFA (environ 0,077 centimes d’euro) c’est le prix que doivent payer les riverains pour joindre les quartiers de la Riviera Bonoumin et d’Attoban, deux quartiers chics dans la commune de Cocody (commune présidentielle).

Par Roland N’Dekploman

En effet, depuis quelques temps, un ravin sépare les deux agglomérations rendant tout passage impossible. «Un pont en béton avait été construit, mais avant son achèvement, les pluies diluviennes ont ébranlé ses fondations», explique Pacôme. Son grand frère Alexis et lui, ont l’idée d’ériger un pont en bois. « Mais une grande pluie a inondé tout le secteur emportant [notre] pont ». Suite à cet échec, ils se résignent.

Seulement, le besoin se fait sentir de la part des populations. Faire le tour nécessite plus temps et d’argent. «Au lieu de rejoindre les deux quartiers en 5 minutes, nous allions perde une heure en transport en commun», raconte une jeune dame.

Les deux frères ‘‘architectes’’ se remettent à l’œuvre et rebâtissent un pont nouveau. Mais l’expérience leur a servit et depuis lors, ils encaissent alors 50 francs par passage et par personne.

Dès 6 heures du matin, ils sont à leur poste. L’un les jours pairs et l’autre les jours impairs. Ils perçoivent le droit de passage.

Pour certains, cela ressemble à du racket. Les frères s’en défendent : « même le pont Houphouët Boigny (pont qui relie le Plateau, quartier des affaires et la commune de Treichville) s’entretient. Nous avons bâtit ce pont par nos propres moyens. Quand la pluie entraine des troncs d’arbres qui l’ébranlent, il faut le remonter pour permettre aux gens de passer. Si le pont tient c’est à cause des pièces que nous percevons ».

Et pour prouver leur bonne foi, les frères n’obligent personne à payer. Ils expliquent juste la situation aux passants et comptent sur leur compréhension. Et ils ne s’en sortent pas si mal. Même si certains les  insultent, il n’en demeure pas moins que leur ouvrage fait plaisir aux riverains qui en usent. En témoigne les salutations chaleureuses qu’ils reçoivent. Pour les deux jeunes frères c’est déjà une belle récompense, même s’ils caressent le secret espoir que le jour où les autorités viendront viabiliser cette portion de la commune leurs efforts seront mieux récompensés.

Pour l’heure, ils épargnent l’argent récolté pour «ouvrir un autre business».

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