Lettre ouverte au futur nouveau President

Une lourde responsabilité vous attend Monsieur le Président

Bravo Monsieur le Président !Toutes mes félicitations pour votre brillante élection. Dans quelques heures, vous prêterai serment devant toute la nation ivoirienne et la communauté internationale. La cérémonie d’investiture aura lieu à la salle des « Pas perdus » du palais, sinon sur le parvis de la Présidence ou peut-être dans une autre salle. Bref, elle aura lieu. Mais avant, j’aimerais bien vous conter un fait que j’ai vécu dans ces derniers jours.

Il y a quelques jours que j’ai quitté Jacqueville pour Abidjan. Durant le voyage, j’ai pu constater, à notre arrivée près du bac, que les travaux du pont étaient interrompus. Certainement, en raison de la période électorale.

Très remontés de la longue attente du bac, nous avons opté, quelques passagers et moi-même, de faire notre traversée en pinasse.

Le voyage se déroulait bien jusqu’à ce que notre car se heurte à un barrage des forces de l’ordre sur l’autoroute du nord. Comme à l’accoutumée, un élément réclamera quelques pièces d’argent au chauffeur.

Monsieur le Chef de l’Etat, retenez que vous avez du pain sur la planche avec notre armée, composée de forces de l’armée régulière et de forces nouvelles, que vous devriez rééduquer.

A  Adjamé, au quartier liberté,  le car nous déposera sous une forte pluie. Où trouver un abri? La chaussée et les trottoirs sont occupés par des vendeurs assis à côté de tas d’ordures et vendant  toutes sortes d’articles (chaussures, vêtements, nourritures etc). C’est dommage, Monsieur le Président que vous n’ayez pas l’occasion d’arriver ici pendant votre mandat. Si par extraordinaire, vous en n’avez la possibilité, vous découvrirez à quoi ressemble Adjamé, le plus grand quartier de commerce de la vile d’Abidjan.

Difficile de trouver un véhicule pour rentrer à la maison aux heures de pointe. Pendant que les uns luttent pour obtenir une place dans un véhicule (gbaka, bus, wôrô), les chauffeurs eux, préfèrent effectuer la moitié du trajet en conservant les  mêmes tarifs de transport. La raison est toute simple. Un monstre embouteillage  causé très souvent par des feux tricolores qui ne fonctionnent plus les attend. « Presi », votre cortège ne s’arrête qu’à votre destination et jamais vous ne connaîtrai la souffrance d’être suspendu comme un crabe  dans un bus bourré de monde.

Il est 20 heures 15 lorsque j’emprunte la voie non bitumée du Collège Mahou (Cocody) qui mène à mon domicile. Sur le chemin, dans un petit maquis des jeunes assis autour d’une table, sirotent du vin en carton en reprenant en chœur les paroles du zouglouman Lago Paulin:

« On est fatigué eh eh eh de tous cela on nous prend pour des cobayes…Chez moi à yopougon aux alentours du CHU, les corbillards sont garés. On vend cercueil à coté. Comment un malade, transporté dans une ambulance qui voit çà peut-il s’en sorti. Il y a un esprit de mort qui rode dans le coin ».

Il va plus loin en soulignant dans sa chanson que la mairie d’Abidjan est devenue une vendeuse de terrain. Son excellence Monsieur le Président, cette chanson a été suspendue de diffusion sur les antennes.

Réveillé tôt  le matin après un voyage difficile, j’ai l’occasion de m’informer auprès de la voisine  que les indemnisations des victimes des déchets toxiques, prévues pour ce mois, ne sont pas  encore reversées. Mon cher Président, des milliers de familles vous attendent fermement. Pour elles, l’administration est une continuité, raison pour laquelle il faudra réagir.

J’ai juste le temps de m’assoir pour suivre  le journal de la radio lorsque je reçois un coup de fil de mon frère m’annonçant que notre ami Gerald,  incarcéré depuis 2006 à la MACA suite aux problèmes liés aux  maisons de placement, est souffrant . Les maisons de placements, un autre dossier en suspend.

« Le prix du cacao est passé de 200 francs Cfa à 1000 francs aujourd’hui », déclare un planteur dans une interview  à la radio. Voilà un prix que vous devriez  maintenir jusqu’à votre départ du pouvoir. Sinon vous aurez les planteurs sur votre chemin. Par ailleurs, souvenez que les anciens dirigeants des structures régulatrices de la filière café- cacao, détenus à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan attendent leurs procès.

Je termine en vous signifiant que Yopougon, la commune la plus populaire du pays où j’ai fait un tour n’a plus de voies. La saison des pluies n’est pas encore achevée. Les populations logées dans les bas quartiers,bidonvilles et autres taudis vous attendent. Vos prédécesseurs – du père de la nation aux refondateurs en passant par  le concepteur de l’Ivoirité et le balayeur – vous ont légué un héritage avec une légion de difficultés à gérer. Vous n’avez que  5 ans pour relever le défi et nous faire valoir toutes  vos compétences à diriger la Côte d’Ivoire.

Je vous remercie.

Jacques Kouao

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