Vente de téléphone portable : Abidjan a ses repères

Une vue du marché nokia® à Treichville

Acheter un téléphone de dernière génération, faire un troc ou trouver un accessoire pour portable est chose possible sur les grands marchés de téléphones portables d’Abidjan. Comment ces marchés sont-ils organisés ? Qui sont les commerçants ? D’où viennent les portables ?

Black Market Adjamé, Gare de Bassam et Marché Nokia à Treichville sont les trois plus grands marchés de portables d’Abidjan. A quelques exceptions près ces marchés fonctionnent de la même manière. Les circuits d’approvisionnement sont les mêmes et les commerçants pour la plupart ont battis leur réputation par le bouche à oreille. Si à l’origine les premiers commerçants de portables étaient des ressortissants Nigérians et Sénégalais, aujourd’hui on compte un nombre important de jeunes ivoiriens parmi les vendeurs.

Chacun a commencé au bas de l’échelle : un ou deux trocs, vendeur à la sauvette, associé pour un magasin, propriétaire de boutique puis importateur ou grossiste. « Il n’y a pas de honte à le dire aujourd’hui on a commencé comme les jeunes autour du marché mais à force de persévérer nous sommes là » souligne Samba vendeur de portables. Ce jeune Nigérien arrivé en Côte d’Ivoire en 1990 était vendeur ambulant de pagne puis de poste radio avant de s’installer au Marché Nokia pour vendre des portables avec ses frères. « C’est vrai que de nos jours le marché est en pleine expansion mais si vous ne maitrisez pas les micmacs de la filière vous risquez de perdre gros » soutien Samba.

La pyramide de la filière

Au sommet de la pyramide trônent les importateurs. Ils ont les moyens de se déplacer dans toutes les capitales du monde et de passer n’importe quelle commande. Des containers à 25 ou 40 million de CFA ne les font pas reculer. Ils quittent rarement leurs grosses villas des hauteurs de la Riviera Abidjanaise mais restent informés sur les tendances du marché. Leurs auxiliaires ont la lourde charge de ravitailler les vendeurs et de récupérer la recette mensuelle. Les marchés ivoiriens sont ravitaillés par la route commerciale Singapour-Lagos-Paris. Après les importateurs et leurs auxiliaires viennent les grossistes. Ils possèdent deux ou trois magasins et livrent les portables aux commerçants et vendeurs ambulants qui sont la base de la pyramide. Les commerçants sont propriétaires de boutiques : ils ont donc un lieu fixe de vente et peuvent se faire livrer à crédit. Quant aux vendeurs ambulants ils fonctionnent au cash.

Organisation du marché

« Au black, le premier et plus grand problème c’est l’insécurité. Vous pouvez acheter un portable à 180.000 f CFA et vous faire braquer quelques minutes après » affirme Benjamin Ebrotié client à la recherche d’un smartphone. Le Black Market c’est plus l’image d’un marché très animé où les vendeurs de portable font du business qu’un marché 100 % portable. Il a néanmoins la réputation d’être le premier repère de vente de portable à Abidjan. Plusieurs commerçants de portables y ont fait leurs armes. Le Black c’est une triste réputation d’insécurité mais également celle de marchandises à prix abordables. Il faut donc être vigilant et surtout connaître des vendeurs sur place.

Ici les vendeurs à la sauvette refilent aux novices des téléphones défectueux. « Au black si tu es un gaou (ignorant) les blacky’s (vendeurs du black) vont te yêrê (duper) ! » affirme Sylla Issouf vendeur. « Certains vendeurs ambulants n’hésitent pas à revendre des mauvais téléphones aux clients. Voici pourquoi nous les invitons à acheter leur portables dans un magasin et exiger un reçu avec une garantie » conclu t-il. Au Marché Nokia et à la Gare de Bassam c’est une autre ambiance. Les marchés sont entièrement dédiés à la vente de portable et sont gardés par des vigiles. Une centaine de magasins proposent toutes les marques de portables et leurs accessoires.

Lors de notre visite sur les lieux Touba Taïf Diop, un commerçant nous fait une révélation.

« A Abidjan se sont les femmes qui achètent les plus beaux portables et du coup les plus chers ! Il y a aussi quelques gros clients dans la « masculin ». Ils sont des boucantiers, des hommes d’affaires ou des personnes qui vouent un culte aux téléphones portables de dernières générations. Il y a une nouvelles clientèles qui se signale de plus en plus : celle d’intellectuels soucieux d’avoir un téléphone intelligent capable de les aider dans leurs activités ».

A côté des marchés se développe aussi un commerce parallèle cette fois ci chez les réparateurs qui eux proposent des portables ‘’France au revoir’’. Ces portables qui ne servent plus en Europe ou aux USA pour une petite panne retrouvent une nouvelle vie en Côte d’Ivoire. Abordables et souvent unique pièce du revendeur ces portables attirent des Ivoiriens moyens qui veulent aussi être dans le temps ou plutôt à la mode !

Suy Kahofi