Yopougon, la commune près du cimetière

Une caracasse de véhicule calciné qui dénote l'ampleur des dégats

Hier, fière et altière. Insoucieuse, rebelle, fidèle et envoûtante. Aujourd’hui, balafrée, défigurée, souillée, abandonnée, déserte, encastrée et écartelée entre plusieurs factions de hordes armées sanguinaires, cruelles et inhumaines. La commune de Yopougon présente un bien triste visage, pâle, mélancolique. Où la mort et la tristesse, s’entrelacent, s’entremêlent. Se jumellent et se conjuguent au présent sur un champ de ruine et de désolation. Arrachant un soupir, une larme, des sanglots de dépit, d’impuissance et de révolte au premier abord. Devant tant de gâchis, de cruauté, de méchanceté, tant de jeunes hommes et femmes fauchés dans la fleur de l’âge et arrachés de façon brutale à l’affection des siens.

Yop city la belle est devenue par la folie meurtrière des hommes, Yopougon la répugnante, la délaissée, la rebelle que l’on doit posséder, pacifier, dératisée, désinfecter. Ou la fiancée déshonorée, la mère violée ou l’amie agonisante que l’on doit protéger et garder au péril de sa vie (c’est selon le camp où l’on se trouve).

Yopougon des dics Jockeys (DJ) extravagants, excentriques et exubérants, aux concepts musicaux aussi dansants, amusants que vils et puérils. Poy (l’autre nom de Yopougon) des Chocos (bon chic bon genre en argot ivoirien), des Branchés, des Yêrês (évolués en argot ivoirien) ressemble sans exagération a une ville-cimetière. Une commune hantée où la mort devient une évidence implacable et un avenir certain.

Yopougon la joie s’est transformée en Yopougon la mort, Yopougon des pleurs et Yopougon des larmes. Yopougon où les vieillards pleurent les jeunes, où les femmes sont devenues des chefs de familles. Les hommes et les jeunes gens étant soit morts, soit en cavale. Pour échapper à l’échappe de plomb qui s’abat chaque jour sur cette cité.

Et qui au fil des jours se transforme en une purge, une épuration, une chasse aux sorcières loin des caméras et des micros des médias tant nationaux qu’internationaux et loin des rapports des organismes de droits de l’homme. Yopougon à sac, à sang, et à feu, Yopougon où tout est refaire,  à reconstruire et à recommencer. Pourquoi pas à zéro…

FREDERIC GORE BI

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